lundi 14 décembre 2009

Chronique XL


Photographie non-contractuelle




Chronique des chroniques
Ce blog, qui a vu le jour en juin 2006, vient de dépasser la barre des 30.000 connectés depuis plus de 100 pays. Merci de me lire.
J’avoue mon impuissance à produire un texte à propos du droit à l’image dans des proportions convenables. J’ai noirci des dizaines de pages parsemées d’exemples récoltés ici et ailleurs sans arriver à en faire le tour. Alors j’ai décidé d’en parler dans chacune de mes prochaines chroniques. S’il m’est impossible, pour le moment de faire plus court, je vais par contre me forcer d’évoquer un plus grand nombre de sujets par publication. Bonne lecture.

Projet de créer "Le Club Photo de Tunis"
C’est la première qu’un groupement de passionnés de photographie s’abrite sous cette exacte dénomination. L’utilité s’est fait sentir depuis quelque temps, mais c’est surtout lors de cette veillée ramadanesque à Beit el Bennani qui a transformé la demande virtuelle en un besoin vital. L’idée que j’ai lancée sur Facebook, collecta en moins de vingt-quatre heures assez de « pour » pour que l’on passe aux côtés pratiques ; recherche d’un local, mode de fonctionnement, horaires,  bref esquisser le concept. La finition se fera en présence de tous les intéressés. Rendez-vous étant pris pour janvier 2010.

Origami
Décidément quand une réputation vous est faite, difficile de s’en défaire. Dès que je mis les pieds dans la galerie Air Libre pour visiter l’exposition de Ramzi Souani, on m’interpella en ces termes : « ne dites surtout pas que ce n’est pas de la photo », alors que je n’ai pas encore vu ce qui était à voir.
La photographie de Ramzi Souani est une sorte d’origami, une photographie pliée dépliée, pour enfin être repliée autrement afin de donner à voir une étrange dimension des choses. Ramzi Souani a fait très bien ce que je n’aime pas, mais c’est très bien fait. Vous trouvez que c’est absurde ? On peut très bien applaudir l’équipe adverse quand elle joue bien, eh bien c’est cela. Ce n’est pas mon genre de photographie et je pense que ce n’est pas une photographie du long cour, toutefois je salue l’intention, la démarche ainsi que le résultat. Mais - il y a toujours un mais dans mes textes - le titre « Animalité urbaine » sonne totalement faux ! je suis peut-être très terre à terre ou alors 1er degré mais je n’ai vu ni animalité encore moins d’urbanité.

Je demeure convaincu aujourd’hui, beaucoup plus qu’hier, que la photographie si elle n’est pas, d’une manière ou d’une autre, une réflexion à propos de la vie en y prenant pied, elle n’est qu’un exercice de style, une autosatisfaction sans plus. Je sais que je serai âprement critiqué pour avoir dit cela. Mais encore une fois il s’agit de mon opinion en tant que critique. Commissaire d’exposition, enseignant, formateur ou rédacteur de textes historiques je ne suis plus alors en position de formuler mes préférences.
A noter que dès lors que l’on choisit de titrer son exposition sous le label « photographie » on est forcément en droit d’inclure cette œuvre dans une suite de productions régionales puis mondiales. Un chapelier dont le premier chainon étant le célèbre « Point de vue d’après nature» réalisé par Nicéphore Niepce en 1826, ou l’année d’après, et le dernier ; l:œuvre qui nous fait face qui est sensé être la descendante directe…Pour moi il n’y a aucun lien de parenté entre la photographie telle que je la comprends, je l’entend, je l’aime, je fais et celle-ci. Peut être une alliance momentanée, des courtes fiançailles ou un mariage blanc.



Nicéphore Niépce "Point de vue d'après nature" réalisé à Saint-Loup de Varennes à Chalons-sur-Soane (France)
c'est la plus ancienne photographie conservée (baptisée à l'époque Héliographie par son inventeur) 
œuvre réalisée par  en 1826 (ou 1827)

 

Certains préfèrent exposer leurs photographies en soulignant que c’est de l’« art plastique ». je n’ai jamais compris ce mot : art plastique ! en tout cas quand on voudrait lui faire prendre la place du terme photographie. D’ailleurs « Photographie » est plus beau, j’allais dire plus photogénique.  Mais écouter quelqu’un dire art plastique cela me fait prendre des tics !
Les diplômés des écoles de beaux-arts vont tout de suite me traiter d’ignare parce que la littérature théorisante qui a depuis longtemps défini, délimité et propagée ce terme est plus qu’abondante. Mais voilà aujourd’hui de part le monde, commissaires d’expositions, créateurs, galeries, revues, livres spécialisées sont revenus à une terminologie plus appropriée. Cela s’appelle photographie. Ce point qui précède le « c » majuscule est un point final, en tout cas pour le moment.

Un ensemble de photographies ne fait pas l’exposition
Wadi Mhiri, change de registres, son exposition à la galerie Bel‘art est un ensemble de photographies graphiques, bien composées mais manquant de profondeur. Que veut dire exposer ? Si j’avais à répondre je dirais ; exposer une idée. Il n’est évidement pas question, en tout cas pour moi, de faire passer un quelconque message, ou d’exposer un certain discours ni d’affirmer un quelconque style, j’en suis incapable. Par contre une modeste idée cela est possible. Dans l’exposition de Wadi Mhiri, il est question d’un ensemble de photographies mais pas d’exposition. Aucune idée n’en ressort et sans fil conducteur pertinent. Quelques centaines de belles phrases ne peuvent, à elles seules, produire un roman, il faudrait qu’elles soient en plus liées, harnachées, accolées l’une à l’autre, qui se font des clins d’œil au-delà des pages, sinon elles demeureront orphelines, des wagons sans locomotives !
En Tunisie nous souffrons d’un manque flagrant de curateurs, ceux qui conseillent les photographes à mieux choisir dans leur photothèque. Sur Facebook, il est devenu désormais courant, de trouver des ensembles constitués et l’on est invité à venir regarder, évaluer, aimer ou détester. C’est une méthode primaire, juste valable sur ce site, mais si on pense à un éditing ou une exposition il faudrait s’adresser à des compétences reconnues, qui possèdent un riche lexique correspondant à des connaissances d’expert.


Facebook...mode d'emploi 
A propos de Facebook. C’est un torrent de messages, de ragots, de morceaux choisis de musiques ou de vidéos, de résultats de tests débiles et quelques fois des liens intéressants. Mettre un commentaire c’est comme déposer une plume dans un courant d’eau. Souvent, surtout pour ceux qui possèdent un volumineux carnet d’adresses, pas le temps de suivre ce courant. C’est maintenant que je commence à comprendre comment utiliser les spécificités de facebook.
Sans Facebook comment aurons nous pu savoir qu’il y avait une telle insistance à vouloir fonder le club photo de Tunis ? Sans Facebook comment réunir presque 700 personnes autour d’une idée simple ; photographier tous ensemble, chacun dans le lieu où il se trouve pour la manifestation "Un moment de votre vie" (1) qui aura lieu le 22 décembre 2009 à midi  ?
Comment procéder pour fournir des informations à propos de la photographie, tunisiennes ou mondiale à des interlocuteurs aussi différents que mes étudiants, des chercheurs en Tunisie et des correspondants lointain ? Sans la constitution du groupe « Les ressources photographiques », qui réunit dans une seule adresse des documents, des articles de presse, des liens pour des sites importants, je ne m’en serais jamais sorti. Pour cela Facebook est un outil aussi efficace qu’économique.

 
Recherche curateur désespérément
Mais revenons aux expositions ! Pourquoi encore une fois nous nous retrouvons au début du parcours alors que d’autres photographies se sont développées plus rapidement ?  Il se peut que c’est cette appréhension à vouloir photographier les gens qui nous empêche de nous épanouir complètement. Nous nous rabattons alors sur des photographies de structures, de paysages déserts, de gros détails en macro. Si nous consultons n’importe quelle anthologie de la photographie nous nous rendrons compte que dans la quasi majorité des images figurent des êtres humains. Aujourd’hui cela devient de plus en plus difficile de faire des photographies dans la rue, l’homme fuit l’objectif et fait un procès dès qu’un bout de son nez y figure. La photographie de studio est une solution possible, des personnes consentantes voire s’invitant elles-mêmes à être photographiées ont été de tout temps une grande spécialité, mais là aussi, le sur-mesure : éclairage, fond, point de vue, cadrage, composition…dont le photographe commande totalement les effets, implique un droit à l’erreur nul. Vous êtes dans l’obligation de réussir.   

Paradoxale représentation
Le premier procès pour droit d’image ne fut pas fait pour une photographie mais pour une peinture. Rachel comédienne française de théâtre mourut en 1858. Le peintre Frédérique O’Connell l’imagina sur son lit de mort et la peignit ainsi. 



 La comédien Rachel sur son lit de mort par le peintre Frédérique O'connell. 1858 
(collection La Comédie Française. P/Lorette)
 

A la parution de cette imaginaire représentation la famille de la défunte lui fit un procès…et dans les minutes du procès le juge donna raison aux plaignants arguant du fait que toute personne possède son image, et que c’est un préjudice subi que d’en être dépossédée ou même copié sans autorisation préalable.

Le contrat entre le photographe et le sujet...

D’une part
…Toute personne a le plein droit de se déplacer dans les lieux qu’elle désire sans qu’elle soit prise pour cible par n’importe quel preneur d’images, patenté ou non. La vie privée ne peut être assimilée à ce qui se passe dans les foyers ou tout autre lieu protégé des regards. Un individu même en étant dans un lieu ouvert joui, par le fait qu’il est un être humain, du statut de monsieur tout le monde. Le fait qu’un jardin, une plage, une avenue ou n’importe quel espace soit considéré comme étant public, ne suppose pas que l’on est à découvert, susceptible d’être sujet d’une image. Il en va de même du nombre des personnes figurant dans l’image qui ne pourrait en aucune manière justifier la liberté du preneur d’images d’en faire des figurants anonymes, puisque méconnaissables. Le droit à l’anonymat étant une liberté inaltérable. Sans considérations particulières de la spécificité de la nature du lieu, aucun individu - ou même une partie de celui-ci - ne peut être photographié sans son autorisation signé, celle-ci devrait spécifier les utilisations ultérieures des photographies réalisées. Dans le cas de publications a but lucratif, les droits de publications doivent être obligatoirement signalés et les dédommagements dûment fixés.

D’autre part
Le photographe, même réduit à un simple individu, jouit lui aussi d’un espace de liberté. Tout individu peut à loisir émettre une opinion à l’aide du moyen qui lui est propre. Rien ne peut empêcher tout être humain de regarder, de lire à haute voix, de chanter, de danser, de faire tout ce qu’il a envie de faire s’il n’entrave pas la quiétude d’autrui.
La liberté d’expression ne peut être l’apanage des artistes et des journalistes. Cela étant dans la nature humaine que de formuler ses états d’âmes, ses peurs, ses reproches, ses revendications, ou tout simplement l’expression de son moi.
De toutes façons nous nous exprimons avec les moyens dont nous disposons, nos vêtements, notre démarche, notre mode de vie, l’éducation que nous prodiguons à nos enfants, les discussions que nous entretenons avec nos connaissances….Alors pourquoi octroyer un traitement de faveur aux artistes et aux journalistes ? Parce qu’ils ont une mission, leur auditoire est plus large, ils sont écoutés, entendus et parfois obéis. Mais chacun possède par la nature même de sa constitution mentale la liberté de s’exprimer, du moins dans la limite n’outrepassant pas celle d’autrui.


…qui n’a jamais eu lieu
Deux libertés fondamentales s’opposent sans qu’il y ait moyen de les réconcilier. Alors il faut bien jouer la carte du compromis, de la nuance et surtout du discernement. Nous sommes en présence d’un cas d’école où la jurisprudence est plus importante que les textes de lois.
La philosophie du droit nous apprend que la loi est instituée pour régir les hommes. La justice tranche après avoir pris en considération les doléances de chacun et essaie de peser (d’où le symbole de la balance) qui des deux parties a été la plus lésé.
Partout et en tout temps, devant le juge, le plaignant est tenu d’apporter la preuve du préjudice subi. Cette élémentaire règle de droit étant indispensable. S’il n y a pas de dommage il ne peut y avoir méfait.

A suivre…


Hamideddine Bouali

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samedi 5 décembre 2009

Chronique en images (1)

Tunis et ainsi 
et je ne l'échangerais pour rien au monde (2)



" Enfance ", Tunis 15 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali


 " Abats-jour ", Tunis 14 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali

 
 "Jeux d'enfants ", Tunis 14 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali

 
" Patrimoine ", Tunis 14 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali

 
 " Architextures ", Tunis 14 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali

 
" Luminaire ", Tunis 7 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali


" Clavier ", Tunis 21 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali


" Feu rouge ", Tunis 21 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali

 
" Droit à l'image ", Tunis 21 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali

 
" Délice de la lévitation ", Tunis 21 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali

 
" Bande dessinée ", Tunis 21 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali

 
" Fétichisme ", Tunis 21 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali

 
"  A la Giacomelli ", Tunis 25 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali
 
"  Les chaines de l'amour ", Tunis 14 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali


Un moment de votre vie




Éloge du déclenchement
Le 22 décembre 2009, Ce jour là comme tous les autres, il y aura ceux qui travaillent, ceux qui s’amusent, ceux qui consultent, ceux qui se reposent, ceux qui se marient, ceux qui naissent, ceux qui mangent, ceux qui pleurent, ceux qui étudient…mais il y aura un témoin ; simple utilisateur occasionnel, amateur éclairé ou photographe consacré, là aussi ce n’est pas important. Muni d’un téléphone-appareil-photo ou d’un reflexe numérique, d’un jetable ou d’une vénérable chambre en bois, l’outil importe peu, car l’essentiel étant que chacun d’entre-nous prenne une photographie, une seule, dans le lieu où il se trouve. Car on ne cherche pas une photographie bien faite d’un sujet recherché mais tout simplement une photographie réalisée à ce moment là ; image d’un moment vécu par vous et restitué pour nous tous. Votre enfant, votre autoportrait, votre collègue de bureau, la vue depuis un train ou un avion, ce que vous voyez depuis votre cuisine…l’important c’est où êtes-vous et que voyez-vous. Une minute de votre temps cela n’est rien mais pour nous c’est très important. Le but collatéral de cette opération étant de redonner au photographe l’image d’un inoffensif preneur d’images et à l’appareil photo son rôle d’attrape souvenirs.

A nous tous de rendre ce projet viable
L’appel est lancé, la bouteille est jetée à la mer, nous ne saurons rien de ce qui adviendra ! Combien seront-ils à répondre ? Une dizaine de photographes d’ici seulement ou des centaines de part le monde ? Personne ne pourra parier sur ce genre de manifestation où les participants sont eux-mêmes les organisateurs et les principaux bénéficiaires. Cela peut donc ne rien donner comme produire un événement planétaire… Faites donc passer le message ; par sms, E-mail, facebook, bouche à oreille. Comment savoir ce qui adviendra de ce corpus dans une vingtaine d’années ? Une adresse @ dans le grenier du Web ou une curiosité accrochée dans un musée de l’homme ? Ça aussi est une inconnue, à moins qu’encore une fois, comme l’histoire de la photographie en a connu, un mécène vienne nous proposer le financement d’un livre, d’un poster géant, d’une édition en cartes postales…cette invitation aussi est lancée.

Si vous voulez participer : envoyez une photographie réalisée impérativement le 22 décembre 2009 à 12h (heure tunisienne) au format jpeg ne dépassant pas 500 ko. accompagnée des renseignements suivants « Nom et prénom du photographe, ville, pays, heure locale», avant le 31 décembre 2009 minuit. Adresse : unmomentdemavie@yahoo.fr

Toutes les images seront publiées sur le blog http://unmomentdevotrevie.blogspot.com/ et sur Facebook. Évidemment les photographies devraient être envoyées telles que captées à la prise de vue, aucune manipulation n’est tolérée afin de se conformer à la logique de la manifestation.

Hamideddine Bouali
5 décembre 2009

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samedi 14 novembre 2009

Album photo de Novembre 2009

Tunis est ainsi,
et je ne l'échangerais pour rien au monde

Tunis, novembre 2009. "Ma Tunisie", Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. "Du fil à retordre", Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. "Rencontres", Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. "Mankenpis en couche culotte", Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. "L'escalier d'Eisenstein", Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. "Populations", Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. "Bannières", Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. "Drapeaux", Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. "Guirlandes", Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. "Fanions", Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. "Liens", Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. "Portrait de Juliette par Roméo", Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. "Au grand angulaire", Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. "Luminaire", Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. "Lampadaires", Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. "Chaos", Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. "Infrastructure", Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. "Tambours 1", Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. "Tambours 2", Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. "Tambours 3", Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. "Tambours 4", Photographie Hamideddine Bouali

Tunis, novembre 2009. "Amours", Photographie Hamideddine Bouali


Rappel



Éloge du déclenchement
Le 22 décembre 2009, Ce jour là comme tous les autres, il y aura ceux qui travaillent, ceux qui s’amusent, ceux qui consultent, ceux qui se reposent, ceux qui se marient, ceux qui naissent, ceux qui mangent, ceux qui pleurent, ceux qui étudient…mais il y aura un témoin ; simple utilisateur occasionnel, amateur éclairé ou photographe consacré, là aussi ce n’est pas important. Muni d’un téléphone-appareil-photo ou d’un reflexe numérique, d’un jetable ou d’une vénérable chambre en bois, l’outil importe peu, car l’essentiel étant que chacun d’entre-nous prenne une photographie, une seule, dans le lieu où il se trouve. Car on ne cherche pas une photographie bien faite d’un sujet recherché mais tout simplement une photographie réalisée à ce moment là ; image d’un moment vécu par vous et restitué pour nous tous. Votre enfant, votre autoportrait, votre collègue de bureau, la vue depuis un train ou un avion, ce que vous voyez depuis votre cuisine…l’important c’est où êtes-vous et que voyez-vous. Une minute de votre temps cela n’est rien mais pour nous c’est très important.
Le but collatéral de cette opération étant de redonner au photographe l’image d’un inoffensif preneur d’images et à l’appareil photo son rôle d’attrape souvenirs.
A nous tous de rendre ce projet viable
L’appel est lancé, la bouteille est jetée à la mer, nous ne saurons rien de ce qui adviendra ! Combien seront-ils à répondre ? Une dizaine de photographes d’ici seulement ou des centaines de part le monde ? Personne ne pourra parier sur ce genre de manifestation où les participants sont eux-mêmes les organisateurs et les principaux bénéficiaires. Cela peut donc ne rien donner comme produire un événement planétaire… Faites donc passer le message ; par sms, E-mail, facebook, bouche à oreille. Comment savoir ce qui adviendra de ce corpus dans une vingtaine d’années ? Une adresse @ dans le grenier du Web ou une curiosité accrochée dans un musée de l’homme ? Ça aussi est une inconnue, à moins qu’encore une fois, comme l’histoire de la photographie en a connu, un mécène vienne nous proposer le financement d’un livre, d’un poster géant, d’une édition en cartes postales…cette invitation aussi est lancée.

Si vous voulez participer : envoyez une photographie réalisée impérativement le 22 décembre 2009 à 12h (heure tunisienne) au format jpeg ne dépassant pas 500 ko. accompagnée des renseignements suivants « Nom et prénom du photographe, ville, pays, heure locale», avant le 31 décembre 2009 minuit. Adresse : unmomentdemavie@yahoo.fr

Toutes les images seront publiées sur un blog (l'adresse sera communiquée ultérieurement) et sur Facebook.
Évidemment les photographies devraient être envoyées telles que captées à la prise de vue, aucune manipulation n’est tolérée afin de se conformer à la logique de la manifestation.


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lundi 9 novembre 2009

Un moment de votre vie

Votre moment nous intéresse !

Un fabuleux destin
170 ans ! Depuis ce matin du 19 Aout 1839, la photographie n’a pas arrêté de nous émouvoir. Ce jour-là, le sénateur et célèbre scientifique français François Arago déclara que la photographie était née. Des scientifiques, des industriels, avec l’aide de mécènes visionnaires, de différentes cultures ont contribué à ce que la photographie devienne ce qu’elle est aujourd’hui. Citons entre autres les Français Nicéphore Niepce, Louis Daguerre, Hyppolite Bayard et les frères Lumière ainsi que les Anglais Henry Fox Talbot et Scott Archet, les Américains Thomas Edison, George Eastman, Edwin Land, Harold Edgerton, les Allemands Ernst Leitz, Oscar Barnack… Et si nous voulons remonter aux origines ; rappelons que c’est le chinois Mo Tsu qui dénomma il y a de cela 25 siècles « la chambre fermée du trésor » ce que Hassan Ibn Al Haytham, père de l’optique moderne qui vécu au XIe siècle, expliqua pour la première fois scientifiquement par le phénomène de la chambre noire. Il baptisa en «Al beit al mudhlima that thokba» (la chambre obscure munie d’un orifice), ce que les historiens dénommeront par la suite par la Camera obscura, sans laquelle impossible d’obtenir une photographie.

Aujourd’hui, nous sommes arrivés à un tel état de dépendance que nous réussissons difficilement à imaginer notre monde avec des souvenirs sans photos, des pièces d’identités aveugles, des publicités muettes, des galeries vides, des découvertes scientifiques sans visage, des actualités sans témoin, des publicités sans objet, des constats sans preuve, des journaux sans illustration… Après plus d’un siècle et demi d’incessants progrès dans les façons de faire et autant dans les manières de voir, la photographie est devenue à la fois une incomparable fenêtre nous donnant à voir, tout ce qui existe entre infiniment petit et infiniment grand, qu’un champ de recherche pour sociologues, historiens, anthropologues, psychanalystes ; situation sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Néanmoins aucune autre contribution au savoir universelle ne fut aussi controversée. Les photographies volées, truquées, manipulées, détournées ainsi que celles choquantes, tragiques ou insoutenables n’ont pas cessé depuis le XIXe siècle de faire parler d’elles, escamotant souvent le sujet qu’elles devraient montrer.
Les statistiques sont formelles, des millions de photographies réalisées, très peu verront le jour…Le numérique en mettant à la disposition de chacun, à la place du laboratoire industriel, les périphériques pour visualiser et imprimer, a provoqué une nette régression du nombre de tirages. Au final beaucoup de prises de vues et peu de photographies. Ce déséquilibre est imputable à la quasi gratuité d’un déclenchement et la cherté des papiers photographiques. Plus tard, les disques pleins des ordinateurs et les cartes mémoire saturées des appareils photo seront effacés pour laisser la place à d’autres fichiers numériques. Si nous nous sommes accoutumés à oublier à mesure que nous vieillissons, nous avons le regret de constater que la photographie, elle aussi, s’humanise et sa mémoire commence à flancher, alors que faire ?

Eloge du déclenchement
Nous n’allons pas nous poser trop de questions le mardi 22 décembre 2009, nous prendrons une photographie et une seule à 12h heure tunisienne (11h GMT). Pourquoi le 22 décembre à 12h ? Peu importe, car vous auriez posé la même question si c’était un 27 juin 9h du matin ! Alors toutes les dates se valent ! Cela dépendra de nous tous, participant à cette manifestation virtuelle, pour qu’elle soit dorénavant significative. On aurait pu choisir le 19 août ; jour de la déclaration d’Arago, le 5 mai, date de la lettre rédigée par Niepce en 1816 signifiant à son frère Claude qu’il a réussi quelques « point de vue », ou bien le 1er janvier ; premier pas de la l’année qui commence, mais justement il fallait une date vierge, car nous ne fêterons pas la photographie ce jour-là, ni l’appareil photo mais le déclenchement comme acte de sympathie et d’ouverture vers les autres.


Le 22 décembre 2009, Ce jour là comme tous les autres, il y aura ceux qui travaillent, ceux qui s’amusent, ceux qui consultent, ceux qui se reposent, ceux qui se marient, ceux qui naissent, ceux qui mangent, ceux qui pleurent, ceux qui étudient…mais il y aura un témoin ; simple utilisateur occasionnel, amateur éclairé ou photographe consacré, là aussi ce n’est pas important. Muni d’un téléphone-appareil-photo ou d’un reflexe numérique, d’un jetable ou d’une vénérable chambre en bois, l’outil importe peu, car l’essentiel étant que chacun d’entre-nous prenne une photographie, une seule, dans le lieu où il se trouve. Car on ne cherche pas une photographie bien faite d’un sujet recherché mais tout simplement une photographie réalisée à ce moment là ; image d’un moment vécu par vous et restitué pour nous tous. Votre enfant, votre autoportrait, votre collègue de bureau, la vue depuis un train ou un avion, ce que vous voyez depuis votre cuisine…l’important c’est où êtes-vous et que voyez-vous. Une minute de votre temps cela n’est rien mais pour nous c’est très important.
Le quotidien, votre quotidien, afin de voir d’autres photos que les images de guerres, les flashs des peoples, les instantanées des actualités et les preuves d’exploits…nous convoitons le moment familier qui serait probablement plus important et qui mérite de rester dans les mémoires mieux que tous les autres.
Un album d’une famille particulière dont les membres venus de partout sont porteurs chacun de religions respectées, de valeurs estimées, de riches cultures, d’histoire mémorables et de vécus à voir… Celui qui a un appareil photo entre les mains fera forcément une bonne action, occupé qu’il est à prendre une vue. Nos moments seront en fin de compte plus semblable que différents. Car il est fort probable que nous allons nous retrouver dans les autres images, nous sommes tour à tour les uns et les autres. Une famille, enfin, reconstituée et réunie.

Le but collatéral de cette opération étant de redonner au photographe l’image d’un inoffensif preneur d’images et à l’appareil photo son rôle d’attrape souvenirs.

Nous vous croirons sur parole, la photographie reçue aura été réalisée le 22 décembre à 12h00 ( Tunis est à GMT +1). Partout dans le monde qu’il fasse nuit ou jour, crépuscule polaire ou après-midi tropical, votre moment est forcément intéressant parce que c’est le votre. Imaginez dès maintenant que votre photo sera un morceau de vie d’une mosaïque reconstituée sur une mappemonde avec d’autres réalisées dans la même intention de clamer tout haut : « Moi, maintenant, je suis ici ».
Évidement plusieurs manifestations ont vu le jour depuis une trentaine d’années qui font appel à ce genre de concept dont la plus célèbre étant : « une journée dans la vie de… », mais ici nous sommes dans une toute autre logique, car nous avons la volonté de créer une communiant, un moment de partage, de grâce…nous serons tous suspendus non pas à un événement dont nous sommes spectateurs ou face à un sujet imposé, mais bien au contraire c’est chacun d’entre-nous qui est à la fois reporter de ce moment et l’un des principaux acteurs…L’événement prend ici une signification nouvelle. Mise en ligne tous ces moments seront visibles de partout et ceci aussi est devenu aujourd’hui possible avec une économie de moyen sans précédent. L’exposition « La Grande famille de l’homme » organisée par Edward Steichen en 1955 couta une fortune et il a fallu plus de trois ans pour faire la tournée d’une cinquantaine de pays. Aujourd’hui Internet est un fabuleux outil de rassemblement.

A nous tous de rendre ce projet viable
L’appel est lancé, la bouteille est jetée à la mer, nous ne saurons rien de ce qui adviendra ! Combien seront-ils à répondre ? Une dizaine de photographes d’ici seulement ou des centaines de part le monde ? Personne ne pourra parier sur ce genre de manifestation où les participants sont eux-mêmes les organisateurs et les principaux bénéficiaires. Cela peut donc ne rien donner comme produire un événement planétaire…
Certains trouveront l’idée ridicule, d’autres sans intérêt, peu importe car ceux qui prendront la peine de participer, et de pousser deux ou trois autre à le faire, ne le regretteront pas car aussi peu nombreux que l’on soit, nous y avons cru. Au pire des cas il y aura un seul participant.
Faites donc passer le message ; par sms, E-mail, facebook, bouche à oreille.

Comment savoir ce qui adviendra de ce corpus dans une vingtaine d’années ? Une adresse @ dans le grenier du Web ou une curiosité accrochée dans un musée de l’homme ? Ça aussi est une inconnue, à moins qu’encore une fois, comme l’histoire de la photographie en a connu, un mécène vienne nous proposer le financement d’un livre, d’un poster géant, d’une édition en cartes postales…cette invitation aussi est lancée.

Si vous voulez participer : envoyez une photographie réalisée impérativement le 22 décembre 2009 à 12h (heure tunisienne) au format jpeg ne dépassant pas 500 ko. accompagnée des renseignements suivants « Nom et prénom du photographe, ville, pays, heure locale», avant le 31 décembre 2009 minuit. Adresse : unmomentdemavie@yahoo.fr

Toutes les images seront publiées sur un blog (l'adresse sera communiquée ultérieurement) et sur Facebook.
Évidemment les photographies devraient être envoyées telles que captées à la prise de vue, aucune manipulation n’est tolérée afin de se conformer à la logique de la manifestation.


Idée et gestion de l’opération
Hamideddine Bouali

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lundi 26 octobre 2009

Critères de la Critique (3)

Critères de la critique (3)

Que de malentendus !
J’ai fait un tour dans quelques forums de discutions à propos de la photographie en Tunisie et j’en sors consterné par l’ampleur du travail qui reste à faire. C’est bien évidemment aux animateurs de prendre les choses en main et de régulariser ce flot de passions ! Nous en sommes encore à devoir définir les mots, dresser le lexique, et apaiser les ardeurs un peu trop emportées.
Fixons, une fois pour toutes, les étiquettes. Un photographe professionnel est un individu qui vit par la pratique de la photographie, ce qui n’implique pas forcément qu’il est habile ou talentueux. On fait appel à ses services afin de s’acquitter d’une tâche : photographier. Son métier obéît aux lois de l’offre et de la demande. Ces commandes peuvent être l’illustration d’un luxueux livre d’art ou la réalisation d’un album de mariage. Ailleurs, le nombre des photographes est tel qu’ils se sont spécialisés. Les photographes professionnels de la mode sont équipés pour cela et ne font que cela. Les photographes du Tour de France sont des spécialistes des deux roues, avant la Grande Boucle ils étaient sur le Giro si ce n’est le Paris-Roubaix mais jamais derrière la cage d’un terrain de football. Ici on n’en est pas encore là et la majorités des professionnels acceptent le plus souvent un large éventail de genres photographiques a l’exception de la photographie de mariage. La désertion de cette spécialité par un nombre important de photographes est venue surtout par le trop grand nombre d’intrus qui ont donné à ce genre de photos une réputation malsaine.
Évidement il se pourrait que le professionnel soit en plus d’un patricien, un photographe produisant des photographies artistiques.
Un photographe amateur, est une personne dont la passion est la photographie. Personne ne lui demande de faire ce qu’il fait. Il peut être mauvais photographe et ses œuvres de piètres images, personne ne s’en plaindrait. D’autre part que d’amateurs ont réalisé des photographies de spectacles, de sport et de mode meilleures que celles des professionnels du déclencheur ! Au point que certains sont devenus des professionnels à temps partiel.
Afin de pallier tout malentendu, j’utilise depuis un certain temps les termes de photographe de métier et de photographe de passion. Le photographe de métier peut être un passionné et il lui arrive de faire, en parallèle, œuvre personnelle. Le photographe de passion peut être un grand praticien et on lui demande parfois de réaliser des commandes, c’est à partir de ce point que le malentendu parait.

Artiste, un adjectif non auto-qualificatif
Puis vient le terme « artiste », que l’on est en train d’utiliser sans parcimonie au point qu’il est dévalorisé. Pourquoi dit-on Homme de théâtre, cinéaste, chorégraphe, peintre, architecte, écrivain, sculpteur mais artiste photographe ? Je suppose que cela est hérité du temps où la photographie voulait se frayer un chemin parmi les arts consacrées. Époque où on se demandait si malgré cet outil qui fait l’essentiel et l’anodin geste de presse-bouton de l’opérateur, la photographie pourrait être considérée comme un art ?
Il m’a toujours semblé que ce qui paraissait comme étant son péché originel est en fait une des forces les plus caractéristiques de la photographie. C’est parce que cet appareil fait presque tout, et que le photographe est celui qui parait fournir le moindre effort de tout ceux qui pratiquent un domaine d’expression que la photographie est un médium incomparable de sincérité. Ceux qui se sentent à l’étroit dans cette infinie liberté consentie dans une restriction bien délimitée : regarder et déclencher, et qui franchissent la fatidique ligne de démarcation, mettent le pied dans un territoire dont j’ignore le nom et dont je ne parle pas la langue. Ce qui ne fait de moi ni un xénophobe ni un voyageur perdu. C’est peut-être le sens exact de la sentence : « L’art vit de contrainte et meurt de liberté ».
Il n’est donc plus nécessaire aujourd’hui de dire artiste-photographe. Car rien n’empêche le photographe de quartier de réaliser de magnifiques portraits d’enfant ou le reporter sportif de produire des vues saisissantes d’un banal match de handball. Ce n’est surtout pas en s’assignant des titres avant la lettre que l’on acquiert une certaine notoriété mais en accomplissant une œuvre de qualité dans n’importe quel genre de photographies. Artiste est un superlatif que l’on ne peut en aucune manière se l’auto-décerner, car se présenter ainsi suppose que personne n’a le droit d’évaluer ce que l’on fait puisque nous avons habillé l’œuvre d’une certaine immunité. Ceci étant une inconvenante et maladroite parade à la critique. Le photographe, comme tout autre créateur, lui arrive de réussir ces œuvres comme de les rater…Alors n’arrachons pas au temps sa principale fonction : la durée. C’est l’ensemble de l’œuvre réalisée, les répercussions produites par celle-ci ainsi que le temps qui sait faire ce que nous ne pouvons pas, qui sont seules capables de remettre solennellement aux plus méritants le titre envié et lourd à porter d’Artiste.

Des photographies projetées…
Est-il nécessaire de signaler que l’on ne peut pas avoir les mêmes dispositions vis-à-vis des photographies, quand celles-ci sont exposées, projetées ou publiées ? Une photographie encadrée, accrochée, numérotée, cotée dans une galerie d’exposition acquiert par ce statut une étape qui la rend particulièrement remarquée de la part du public et soumise à une lecture attentionnée du critique. La même photo publiée dans un site communautaire (facebook, flicker…), bien qu’elle ne soit aucunement dévalorisée reste dans les limites du moyen de diffusion. Evidemment le contenu ne change pas d’un support à un autre, mais son aspect subit l’influence du mode de représentation.
Prenons un exemple typique bien que paraissant folklorique : le portrait du Che imprimé sur le tee-shirt d’un manifestant portant une pancarte : « non à la mondialisation », ne sera pas perçu de la même façon que s’il était un autocollant disposé sur le réservoir d’une Harley-Davidson. Cela nous amène à parler du contexte. Cette disposition spatiale de l’œuvre nous influence d’une certaine manière, nous prédispose à un certain comportement et il faudrait un appréciable effort mental pour ne voir à chaque fois que la photographie.
Même en aval la différence est manifeste. Celui qui prépare une exposition personnelle passe des nuits blanches devant son écran d’ordinateur ou ses planches contact à sélectionner, choisir, écarter puis reprendre, demander conseil avant de trouver la trentaine de photographies à exposer. Puis avec autant de minutie et de calcul, il choisit la galerie, le format, les cadres, les Marie-Louise, les titres, les prix ainsi que le texte d’accompagnement. Pour organiser une exposition on dépense une quantité de temps, d’énergie et d’argent sans commune mesure avec celle fournie pour envoyer une dizaine d’images par mail ou pour les télécharger sur un quelconque site. Dans le même ordre d’idée, si on nous propose d’exposer nos œuvres dans une galerie de Tunis ou de sa banlieue on ne mettrait pas autant d’entrain que s’il s’agissait d’une salle communale dans un lointain village…d’ailleurs certains ne répondraient même pas à telle invitation.
Puis l’inévitable piège des expositions de groupe c’est justement cette promiscuité des œuvres qui pourrait porter préjudice ou bien rehausser la photographie que l’on a sous les yeux. Une photographie juste moyenne sera totalement dépréciée si elle était accrochée entre deux photographies de meilleures factures. Une photographie « neutre » sera assimilée comme « joyeuse » si celle d’avant mettait en scène une situation tragique. C’est notre nature humaine qui est ainsi, et sans cette mémoire à court terme impossible de suivre un film ou de comprendre un roman. Si les cinéastes et les écrivains, entre-autres, structurent et planifient leurs œuvres sur cette causalité pour, nous ménager, nous préparer au climax, et nous surprendre à la fin, il en va autrement en photographie. A part les romans photos, les séquences et les reportages des photo-journalistes, nous sommes presque toujours invités à regarder des « une seule photo ».

N’arrêtons pas le mouvement !
Après la Rentrée symbolique de l’année photographique, qui, quoi qu’on dise, fut une réelle opportunité d’abord pour se rencontrer puis pour découvrir de nouveaux photographes, une suite fut donnée sur Facebook afin de publier les albums des photographes pour qu’ils soient lus, évalués, critiqués, ce fut l’opération « critique-photo » avec 250 photographies (parmi les 370 projetées à Beit el Bennani). Photocritik, forum de critique, pris tout de suite le relais pour proposer d’autres photographies à l’appréciation du public, aujourd’hui signalons la constitution d’un groupe intitulée : « Photographie tunisienne », dirigé par Zouhair Ben Amor et Zakaria Chaibi. Les objectifs à atteindre, les moyens mis en œuvres, les libertés que l’on s’accorde et les restrictions que l’on impose…tout cela est bien évidement à prendre en considération.
Comme promis je viens formuler mon avis à propos des albums de la Rentrée, et sur la foi de tout ce que j’ai dit depuis la première partie de ce texte, je ne peux faire que de me comporter comme si je n’ai jamais connu leur auteur. Cette prise de distance est une volonté d’impartialité.

La photographie-urbaine
La photographie est l’art de la coïncidence, d’abord dans ce positionnement du photographe avec une scène à photographier. Cette droite, rectiligne et ininterrompue, reliant l’œil du photographe au plan qui lui fait face semble souligner l’affirmation : « je suis là ». Quel photographe n’a pas, au moment de déclencher, senti cette puissance de se situer par rapport au monde qui l’entoure ?
La photographie urbaine est toujours d’une richesse inépuisable, il suffit de se balader à longueur de journée, de bien regarder et de savoir attendre. Rien d’artistique diriez-vous ? Ce genre de photographie est plutôt apparenté à de la géométrie. Il suffit de bien localiser les lieux susceptibles de devenir un fond qui a une signification, regarder le sens de la marche des piétons, et comprendre leurs allées et leurs venues, sentir le rythme de la ville ainsi que les meilleurs lumières…cela se mijote dans la tête et sans calcul on se rend compte que cette apparente anarchie est en fait parfaitement ordonnée et surtout prévisible. Cette pratique, demandant une connaissance de la ville, une discrétion nécessaire pour ne pas être gêné, pourrait être maitrisée en peu de temps. Mais l’essentiel n’étant pas d’être simple observateur et de transmettre tel quel ce qui se voit, il faudrait qu’en plus le photographe fit œuvre utile.

Photographie Chahine Dhahak. Tunis 2009


Il est rare que l’on rentre bredouille de cette chasse aux coïncidences, aux mises en scène fortuites…cela marche presque à tous les coups, d’où la nette impression que l’on à affaire à une recette bien apprise, prête à l’emploi par n’importe quel photographe même débutant. Dans la majorité des photographies des albums de Amine Landolsi, Mehdi Zribi, Sabrine Belkhouja, Chahine Dhahak, et de Hamideddine Bouali, le photographe prend place pour montrer du doigt un état de fait. Dans ce genre de pratique, le photographie est dans une situation de description, il se contente de couper aux ciseaux un bout de son champ de vision, gommant tout ce qui lui semble hors-propos. Le hors-champ étant hors-sujet. Ce genre de photographie est comparable au travail du chroniqueur, dressant un constat sans y mettre la moindre émotion à moins que ce soit celle émanant des personnes photographiées. On est à l’opposé de la carte postale, car ici il n’y a pas d’intention d’enjoliver…On ne cherche pas le beau mais le vrai. Le vrai ne peut être accompagné d’émotions si ce n’est celle d’une objectivité souhaitée.

Photographe de l’intime
Ce que j’appellerais la photographie de promiscuité est une photographie prenant pour objet un sujet à portée de main ou d’objectif. Ce n’est ni une mince affaire ni une performance, mais elle donne rarement des photographies de grande ambition. Photographier son jardin, sa petite amie, ses chats pourrait sembler de prime abord simple alors que c’est une gageure, le défi à relever étant celui de substituer sa situation d’intime avec celui d’étranger. Les photos de Raoudha Balbouli, Abderrazek Khéchine et de Gaël Coto nous donnent à voir ce qui est de l’ordre de l’intime. Les sujets que l’on connait le mieux sont ceux qui sont les plus difficiles à photographier, parce que on les connais trop bien, et l’effet découverte est toujours bonifiant. Tous les photographes rêvent de passer inaperçus ! Transparents pour photographier partout sans se faire attraper ! Quel délice ! Certains ont la chance de se faire passer pour n’importe qui, de se fondre dans la foule et de déclencher sans que personne ne s’en aperçoive. Mais parfois c’est le sujet lui-même qui est comme un poisson dans un bocal : nu. Tiens pourquoi dès qu’on dit photo de nu on pense à des femmes, rarement à des hommes ! Jamais à des situations ! Bizarres non !

Photographie Tarek Mrad. 2009

Pourtant que de photographies réalisées, paraissant aux profanes chastes, alors qu’elles sont des déshabillages en règle. La photographie de Tarak Mrad, Slown et de Aziz Tnani sont ce que l’on voit derrière le voile de la pudeur, de la timidité ou du sacré. Ils ont d’une certaine manière chacun outrepassé une limite. L’appareil photo dans ces cas là n’est plus un simple outil d’enregistrement mais un masque sous lequel on se dérobe à la vue. Même les photos posées, orchestrées de concert avec le modèle, révèlent la timidité de leur auteur et sont en fin de compte une intimité malicieusement mise en scène.

La photogénie
Quels points communs pourraient bien relier les photographies de Susana Paiva, de Ons Abid, de Ben Abdallah Abdelkrim, de Kais Ben Farhat, de Yasser Hadj Brahim de Akram Belaid, de Stéphane Assezat, de Yoann Cimier, de Salma Mejri et de Riadh S. ? Ici plus qu’ailleurs on a affaire à des images réalisées avec l’intention d’ajouter « l’effet photo » à la réalité qui est en face de l’objectif. Vous pouvez me demandez que « l’effet photo » va de soit avec toute les prises de vue. Non, car ici le sujet ce n’est plus seulement le bout de la réalité qui est en face mais on lui fait ajouter un calque bien visible de technique photographique. Dans la plupart des photographies on ne voit que ce que le photographe nous permet de regarder, mais ils ne met pas en avant ce qu’il fait. Les photographies « photogéniques » ressemblent aux montres transparentes dont on voit le mécanisme. Évidemment on pourrait deviner pour chaque photo son mode d’obtention, tout comme pour une montre qui n’est pas transparente, mais là il ne s’agit plus de spéculer mais de voir comment cela marche. Si pour toutes les autres photographies, l’auteur semble nous chuchoter à l’oreille « c’est ce que j’ai photographié », pour les photographie « photogéniques » il affirme un peu tout haut : « je suis photographe ».
Pourquoi les photos de Susana Paiva ont été plébiscitées meilleur album de la Rentrée ? parce que leur photogénie est achevée. Les contrastes poussés à outrance, les cadrages inattendus, les moments décisifs, les compositions audacieuses ainsi que les points de vues déroutants sont le vrai sujet de ces photographies, c’est Marrakech qui s’est plié aux désidératas de Susana Paiva.

Photographie Susana Paiva. Marrakech 2009

Mais étant organisateur, participant et maintenant critique et ayant de surcroit parlé de mes propres photos, mon témoignage est irrecevable, influencé et nul (selon la formule consacrée)…vous avez le droit de me retirer ce dossier !

A la manière de Mohamed Ben Soltane
Mohamed Ben Soltane expose jusqu'au 7 novembre à Kanvas un collector d’idées précédemment montrées auxquelles il a ajouté des travaux récents. Mohamed Ben Soltane se singularise par cette intelligente manière d’exposer, il semble dire à chaque rendez-vous avec le public : "voilà où j'en suis". Sa pratique artistique, indépendamment de l’outil utilisé, est immuable. Cependant on a tendance à oublier que ceci pourrait parfois mener vers un oubli des spécificités de chaque domaine. Si en peinture la notion du temps appartient au peintre, qu’il s’approprie à son avantage, il n’en est pas de même en photographie. J’ai déjà longuement exposé mon avis à propos de l’incontournable dimension du temps dans l’œuvre photographique, j’ajouterai que l’appareil photo n’est pas uniquement un attrape-image, il est aussi un chronomètre. La photographie de Mohamed Ben Soltane se contente de dresser un constat, le photographie a vu, et il nous montre ce qu’il a conservé. Je me permets d’ajouter au titre le verbe exposer. Sans date, sans horaire, les photographies de Mohamed Ben Soltane n’ont de raison d’être qu’accrochées dans une galerie. Elles sont apparentées à un spectacle qui ne prends corps ou vie qu'en présence des spectateurs. Je disais à la suite de « Tunisexprime » que je me suis trouvé sans me rendre compte parmi des graffitis et des écriteaux alors que j’étais au vernissage de son expo. A Kanvas, un fait qui a attiré l’attention des invités me permets de filer la métaphore davantage. Un petit accident de la circulation a eu lieu exactement en face de l’entrée de la galerie. Je m’interroge encore sur ses raisons ! Est-ce le trompe-l’œil des œuvres accrochées qui ont distrait le conducteur ou alors la jolie assistance qui prenait l’air sur le trottoir ? Quoi qu’il en soit les œuvres de Mohamed Ben Soltane attirent l’attention et le facteur temps, même s’il n’est pas dans l’œuvre, plane dans ce magnifique lieu d’exposition.

Exposition "Regarder...voir" de Mohamed Ben Soltane à Kanvas Art Gallery (La soukra-Tunis)

L’ami d’un ami me souffle à l’oreille lors de ce vernissage qu’avec son téléphone il lui arrive de capter des photos à la Mohamed Ben Soltane : des graffitis, des enseignes mal écrites…La réponse est toute prête à cette interrogation séculaire : « Vos photos resteront dans votre gsm, celles de Mohamed Ben Soltane ont non seulement étés tirées, encadrée, accrochées, vues et seront peut-être vendues, mais en plus elles appartiennent à un corpus intelligible. Le premier venu pourrait composer une belle phrase, sans fautes et ayant une sonorité agréable, mais rare sont ceux qui pourrait être capable de signer un roman ou une poésie…quelques élus possèdent assez de talent pour remporter un prix littéraire et rêver par la suite d’être publiés dans l’édition de la Pléiade. Chacun d’entre nous se doit à chaque instant de sa pratique photographique de se demander à quelle station il est.

Hamideddine Bouali
25 octobre 2009

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samedi 10 octobre 2009

Critères de la Critique (2)

Critères de la critique (2ème partie)


Après la photographie en couleur, le Nobel consacre le numérique
Le statut de la photographie est de plus en plus difficile à brosser ; moyen d’expression loquace, document au dessous de tout soupçon – jusqu’à preuve du contraire - illustration de promotion publicitaire incontournable, support de souvenirs intimes…Il est aussi un vaste champ d’investigation scientifique. Après avoir consacré la photographie en couleur le comité Nobel vient de reconnaitre l’importance de l’imagerie numérique. Ainsi dès 1891 Gabriel Lippmann réussit la première photo en couleurs stables du spectre solaire par photographie interférentielle, ce qui lui vaudra d’être couronné en 1908 par le Prix Nobel de physique.

Gabriel Lippmann, Autoportrait, vers 1892 (musée de l'Élysée - Lausanne ©)

Gabriel Lippmann, Nature morte, réalisée entre 1891 et 1899 (musée de l'Élysée - Lausanne ©)

Willard Boyle et George Smith dans leur laboratoire du New Jersey en 1970.

Le prix Nobel de physique 2009 vient d’être décerné à Willard Boyle et George Smith qui ont dès 1969 réussi à fabriquer le premier CCD (Charge-Coupled-Device). Cet œil de silicium, transformant l'image optique en signal électrique, converti ensuite en succession de 0 et de 1, puis traité pour obtenir une image numérique faite de pixels, sonna le glas d’une photographie argentique plus que centenaire. Cette même technologie permettra un jour à des millions de non-voyants de savourer - grâce à une rétine artificielle - un des sens les plus fabuleux : la vue.

Chroniques des chroniques
Comme il fallait s’y attendre, la première partie du texte fut abondamment commentée et je ne suis pas le seul à penser que ces échanges sont ce qu’il y a de mieux pour faire avancer le débat à propos de la photographie en général et tout particulièrement de la critique. Nous sommes tous en mesure d’apprécier les enjeux de la critique artistique. L’enseignement des beaux arts et en l’occurrence la photographie, le marché de l’art, l’image que l’on donne de la Tunisie ainsi que de ces photographes sans oublier un réel exercice de la démocratie, sont quelques unes des composantes directement en interaction avec la critique.

Si Mr Jacques Pochart, fidèle lecteur de Belgique, salue la dimension pédagogique du texte, Mohamed Ben Soltane, trouve qu’il aurait été préférable que l’on commençât par dresser le statut du critique bien avant de citer les critères auxquels il devrait obéir. Mais les critères ne font-ils pas le critique ? D’autre part je suis totalement d’accord avec Mohamed Ben Soltane qui note qu’un critique ne peut en aucune manière être objectif s’il n’est pas indépendant et trouve que ce titre est aussi difficile à porter que celui d’artiste. Mais la phrase : «Je n’imagine aucune seconde qu’il puisse exister un photographe montrant une photo sans qu’il soit convaincu qu’elle plaira » lui avait paru ambigüe. Dans ma démonstration le verbe plaire ne peut être restreint à une satisfaction esthétique mais être compris comme « adhésion» à l’idée véhiculée par la photographie en question. Plus loin dans son commentaire Mohamed Ben Soltane s’interroge sur le profil du public dont l’œuvre a plu. Il va sans dire que j’ai utilisé ce verbe d’une manière intransitive. L’œuvre plaira…et c’est tout, elle trouvera son public aussi petit soit-il. Le photographe faisant partie d’une population dont il porte quelques caractéristiques, il se trouvera forcément quelques uns qui seraient en total accord avec lui. Aucune personne sérieuse ne peut soutenir qu’une œuvre sera acceptée par tout le monde ou qu’elle sera unanimement rejetée. Cela s’applique aussi bien en photographie que dans tous les domaines d’expression.

Il n’est pas temps de changer de ton !
Mahmoud Chelbi trouve l’analyse de l’ensemble de l’opération « Critique-photo » bonne et ajoute : «…Mais tu ne fais que tirer la couverture vers toi sans jamais t’être mouillé dans les critiques !!! t’as intérêt pour toi et pour la photo de changer de ton ! », Je suis tenté de reprendre tous les extrais du blog où je me suis, non pas mouillé mais jeté tête la première puis baigné jusqu’au cou dans la marre aux diables, à commencer par le premier texte mise en ligne en juin 2006 à propos de l’organisation de l’exposition des œuvres de Lehnert en novembre de la même année, qui déclencha déjà une grande polémique, jusqu’à la dernière controverse qui m’opposa à Sélima Karoui en juin dernier, mais je me garderais de le faire sinon on m’accusera – encore une fois - de vouloir tirer la couverture vers moi !!!
Mais si Mahmoud Chelbi parle de la critique des albums projetés lors de la Rentrée symbolique de l’année photographique et qui furent publiés sur Facebook puis abondamment commentés, cela sera fait à ma manière dans la troisième et dernière partie de ce texte. Je ne vois pas pourquoi devrai-je obéir à une quelconque injonction venant de qui que ce soit. Ce blog porte en sous-titre : « Tribune de Hamideddine Bouali , pour parler de la photographie son histoire et son actualité depuis Tunis », il n y a donc pas d’erreurs sur la marchandise !

Puis quand Mahmoud Chelbi ajoute : « descends du piédestal où tu t’es intronisé tout seul ! », je lui rappelle qu’il ne fait que répéter ce que j’ai moi-même avoué dans le texte « Critique (II) » daté du 26 novembre 2007: «…le rôle de critique me donne énormément de satisfaction ; pourquoi le nier ? Il y a un réel bonheur à se vouloir médiateur incorruptible, conseiller avisé, observateur objectif et correspondant digne de foi…mais tout cela ne tient à rien, puisque aucun critique dans le monde ne s’est vu octroyer ce privilège, nous nous sommes nous-mêmes fait installer. Si nos textes ne sont pas lus nous perdons tous notre crédit. La photographie tunisienne ne progressera, davantage, que si les photographes exposent, les gens visitent et les critiques écrivent. A condition que les photographes lisent les critiques sans pour autant crouler sous le poids des mots, superlatifs ou non, que les spectateurs se donnent la peine de consulter les critiques sans leur donner un crédit illimité, et que les critiques soient à l’écoute aussi bien du public qu’ils sont sensés conseiller et les photographes qu’ils espèrent découvrir, confirmer, encenser ou ovationner. Voilà le topo ». Puis j’ajoutais dans le chapitre « Pour qui je me prends ? » (puisque la question me fut encore une fois posée en public ) , « On me reproche souvent de vouloir imposer, à travers les textes de ce blog, ma vision propre, et forcément singulière, des choses.
Cette tribune est juste le porte-voix d’un humble individu qui tente de comprendre le monde depuis le point de vue de la photographie, et qui ouvre une fenêtre pour dire, à qui veut l’écouter, se qu’il en pense. Cette analogie vous fait penser au pape donnant sa messe urbi et orbi ? Alors que je me vois plutôt dans la peau d’un des deux vieux de la scène finale du Muppets Show ! ».

Forteresse Facebook
Le bon sens me dicte de ne plus répondre à Adel Marouani, ou à celui qui se cache derrière ce patronyme, qui m’accuse non seulement d’être « manipulateur » mais qu’en plus «je défigure le paysage photographique tunisien». Adel Marouani prétend que quelques photographes « m’évitent ». J’ai contacté trois des quatre noms cités pour avoir une nette et tranchante réponse : « Adel Marouani ? Connait pas ! ». Je trouve qu’on me diffamant depuis l’intérieur de la forteresse facebook – où l’hypocrite anonymat, les profils mensongers et les fausses identités sont monnaies courantes – ce monsieur contrevient aux plus élémentaires lois de la politesse.
Le style d’écriture et l’obsédante redondance d’adjectifs - que j’ai déjà entendus - ne me laissent pas l’ombre d’un doute sur la véritable identité du photographe qui se cache derrière Adel Marouani. Jouer le rôle du méchant de service, du difficile à contenter ou du jamais satisfait est tout à fait louable et nous en manquant dans la minuscule corporation des critiques mais il aurait fallu avancer à visage découvert, car la première règle d’un critique étant la sincérité.
Il m’arrive parfois de désobéir au bon sens. Adel Marouani insinue que la Rentrée symbolique de l’année photographique est une manifestation créée afin d’écarter les photographes confirmés aux profits de nouveaux venus. Effectivement j’ai voulue jouer les papys aidant des photographes à faire leur premiers pas, mais comment cela pourrait empêcher d’autres de conduire des bolides sur des circuits de formule Un ? La Rentrée c’était un peu le Marathon Comar ou de Paris, monsieur tout le monde peut concourir avec des athlètes bien préparés. La plupart du temps ce sont de grands champions qui passent en premier la ligne d’arrivée, mais c’est dans l’anonyme multitude que se cache le challenger. A méditer…

Qui peut être critique ?
La critique commence dès que le regard se pose sur une œuvre, c’est plus fort que soit car c’est humain…Ce premier contact peut produire un rictus de dégoût, un sourire d’appréciation, une moue d’étonnement, un sourcillement d’effroi, une impassibilité indiquant l’indifférence… Avant même d’aller chercher dans notre lexique les mots qui coïncident et formulent le sentiment éprouvé, on est dans une situation de critique. Le degré zéro serait de s’arrêter là, aucun mot ne vient illustrer nos émotions puisque on ne les trouve pas ou on n’a pas cherché à les trouver. Vient juste après, ceux qui trouve le signifiant : « j’aime », « je déteste », « je ne comprends pas », « c’est quoi ça ? ». Cela dit, on ne peut pas demander davantage au public que l’on dit « large ». Dans notre quotidien, nous avons souvent l’occasion d’avoir ce comportement.
Prenons un exemple ! Nous sommes presque tous ignares en musique, pourtant nous en écoutons à longueur de journée. Le plus souvent nous ne savons pas pourquoi nous en aimons ou nous en rejetons quelques unes. Dans ce domaine notre glossaire est réduit à quelques adjectifs, sans plus. Un musicologue pourrait discourir pendant des journées sur l’ouverture d’une symphonie et rédiger un mémoire sur des sujets dont nous ignorions l’existence même…

Comment se faire des ennemis ?
Un galeriste, un commissaire d’exposition, un enseignant, un critique d’art, un membre de la commission d’achat d’œuvres d’art, un collectionneur se doivent de posséder, en plus des sentiments, une batterie d’arguments afin de justifier d’une manière cartésienne cette adhésion. Ils savent pourquoi ils aiment et comment faire convaincre un auditoire de ce choix. Chacun de ces acteurs se singularise par un profil particulier. Le galeriste doit prendre en compte l’état du marché de l’art ainsi que la mission de faire découvrir de nouveaux talents. Un commissaire d’exposition est surtout un organisateur, il choisit un ordre de priorité parmi une liste comprenant : le photographe, l’œuvre à exposer, l’art photographique, le marché de l’art ainsi que la bienséance du lieu et de l’époque qui sied au public ciblé. L’enseignant de photographie fourni à ses étudiants un ensemble d’informations à propos de l’histoire, des manières de voir et des manières de faire, et ce, indépendamment de ces préférences personnelles.
Il me semble qu’un critique est censé réunir un échantillon des qualités de tout les profils précédemment cités ; la sensibilité de l’artiste, la pédagogie de l’enseignant, l’anticipation du galeriste, la responsabilité d’un curateur et l’écho de la vox populi des visiteurs, d’où l’extrême complexité de sa charge. Bon nombre de ceux qui se sont essayé lors de l’opération « Critique-Photo » ont vite compris que devenir critique n’était pas la meilleure manière de se faire des amis.
Pour comprendre la critique photographique je me permets une analogie avec le cinéma. Un critique de cinéma peut se permettre de signaler un son défectueux, un montage trop rapide mais en s’attend à lire son avis sur le filmique (exact pendant du photographique), ce film qu’apporte-t-il de neuf au cinéma ? Évidement ceci est possible quand on affaire à un cinéaste confirmé. Mais s’il s’agit d’un jeune cinéaste ? il est évident que l’on ne va pas vouloir le situer entre Kurosawa et Lynch ! Mais déceler ces prédisposition à devenir le futur Spielberg…tout en ménageant sa sensibilité et en lui accordant un droit à l’erreur inversement proportionnel à la durée de sa pratique. C’est simple non ? Nous n’excusons pas de la même manière les fautes de nos semblables ! Enfant nous pouvons passer nos journées à commettre des bêtises, arrivée à l’âge adulte on nous le pardonne moins, et devenant âgé on nous qualifie de sage car on donne l’impression que l’on se trompe rarement, mais quand cela arrive on n’ose pas le signaler !

Inévitable références
La principale mission du critique est de situer l’œuvre dans une continuité, d’abord celle du photographe lui-même et de sa pratique, logiquement on est en droit de s’attendre à une certaine progression dans sa maitrise non pas du dispositif technique, ceci étant considéré comme acquis, mais de la photographie comme concept. Le concept « photographie », c’est l’idée que l’on se fait de ce moyen d’expression, ses possibilités, ses limites, son pouvoir. En second et dernier lieu, il serait réducteur de ne pas contextualiser le corpus en question dans un continuum général : L’histoire de la photographie. Des paysages, des portraits, des séquences, des scènes de rues, des photos de modes….Cela amènera le critique à évoquer Rudolf Lehnert, Ansel Adams, Fulvio Roiter, Yusuf Karsh, Mustapha Bouchoucha, Jean-loup Sieff, Robert Doisneau, Richard Avedon entre-autre. Même si la pratique photographique à évaluer est vaguement comparable en qualité à ceux des grands photographes cela ne peut être que valorisant ! Aujourd’hui il est extrêmement rare de rencontrer de grandes nouveautés en photographie, une pratique qui n’a pas été explorée auparavant et qui pousse les limites du photographique. Ce sont ces audaces et ces jamais-vu-auparavant, tout en restant dans les limites du concept, qui conquerront de nouveaux territoires, susceptibles d’augmenter davantage la constellation Photographie. Il est aisé de gonfler artificiellement le concept par des rajouts intrus et des greffes qui de toute façon ne prennent pas. Le fabuleux destin de la photographie consiste justement dans ce miraculeux potentiel de création faussement minimaliste : un regard matérialisé sur une surface plane on mettant tout simplement un doigt sur le déclencheur.

L’art d’éviter d’avouer
La photographie possède une particularité qu’il sera intéressant de mettre en valeur. La littérature et l’histoire des manières d’imprimer peuvent être étudiées indépendamment l’une de l’autre. On peut pratiquer la danse classique sans pour autant avoir une idée sur son histoire. Les exemples abondent où la technique n’est qu’une manière de faire, un mode d’emploi, mais en ce qui concerne la photographie il en va autrement. Non seulement bon nombre de perfectionnements du dispositif ont permis la réussite d’œuvres impossibles à imaginer auparavant, mais en plus les industriels ont toujours été à l’écoute des photographes afin de mettre sur le marché des outils capables de satisfaire leurs ambitions.
Ce continu échange entre les manières de voir et les manières de faire suscite bien des controverses et des malentendus. En regardant une photographie le critique est appelé à saisir et à distinguer ce qui est de l’ordre du voir de ce qui est de l’ordre du faire en sachant par avance que cela est presque toujours impossible à démêler, son rôle étant d’être constamment conscient que de toute façon il n y arriverait pas…il rédigera un texte en ce sens.

A suivre…

Hamideddine Bouali
10 octobre 2009

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lundi 28 septembre 2009

Critères de la Critique (1)

Critères de la critique (1ère partie)


Préambule
Je suis un passionné de photographie, comme la quasi majorité de mes lecteurs, mais tout comme un très grand nombre de mes semblables, j’ai d’autres centres d’intérêts. Je suis aussi féru de cinéma et de séries télévisées. Après la très intelligente X-files, je mettrais en second dans ce classement « The Practice ». « The Practice » tout comme « Boston legal » ou la loufoque « Ally Mc Bill » sont des séries où on parle de cabinets d’avocat, de procès et de plaidoiries. Mais venons-en au faite diriez-vous ! Dans ces séries on assiste à de la rhétorique où les causes les plus indéfendables sont remportées haut la main. Les inculpés les plus désespérés arrivent à sauver leur tête de ce qui les attend parce qu’ils ont mis leur destin dans les mains de ces habiles orateurs du barreau. Les thèses qui paraissaient les plus injustifiables arrivent à devenir ; intime conviction.
Aujourd’hui je viens plaider ma conception de la Critique photo.

Inévitable vice de forme

La Rentrée symbolique de l’année photographique est un concept simple, tous les photographes, ou qui s’expriment par la photographie étaient invités. Facebook, le mailing, les sms et le bouche à oreille étaient nos seuls moyens pour faire connaitre la manifestation. Le grand nombre de participations portait en lui-même une inévitable lacune. Mettre sur la même ligne de départ, ou dans la même salle de classe, des novices encore en période de découverte de la photographie avec d’autres qui en sont des experts, bien que concept audacieux, créerait forcément des malentendus. Apparemment certains photographes confirmés n’ont pas voulu jouer le jeu, d’autres n’ont pas trouvé de gênes particulière à répondre présent. Entre sacrifier certains grands noms qui ont craint d’être dévalorisés avec cet inaccoutumée manière de présenter les œuvres et la chance de créer une ambiance propice à l’émulation, je n’ai pas mis beaucoup de temps pour choisir. Les photographes confirmés sont plus armés face à ceux qui évaluent leurs œuvres, avec les années ils ont construit une armure capable de les rendre à même de lire ces critiques sans pour autant leur faire infléchir la voie qu’ils ont choisie.

J’estime que tous les photographes qui ont envoyé leurs photographies - pour participer à la Rentrée symbolique de l’année photographique - ont certainement trouvé un réel plaisir à les faire. Depuis la modeste photographie d’un détail capté dans son jardin jusqu'à la vue réalisée à des milliers de kilomètres de chez soi, nous ne devrons jamais sous-estimer le légitime droit de chacun de se faire plaisir. Et c’est cette dimension jubilatoire de la photographie que je n’ai cessé de vouloir développer. Si un jour une association voyait le jour, c’est à mon avis dans la perspective de permettre à ces photographes qui se sont d’abord fait plaisir, même si cela précède l’obligation de s’acquitter d’une commande, de se réunir autour de la promotion de la photographie en tant que moyen d’épanouissement personnel d’une magnifique richesse.


La critique est une pédagogie

Le rédacteur d’un texte critique - ou même d’un court commentaire - est censé donner une leçon. D’abord une leçon d’humilité, il va s’en dire, puisque on se plaçant inéluctablement au-dessus de l’œuvre qu’il voudrait englober du regard, il est opportun qu’en contrepartie, le critique se doit de se montrer humble. La photo est là, projetée sur un mur, accrochée sur des cimaises, disposée sur un écran, publiée dans un porte-folio, elle cache son auteur, qui, quoi que l’on pense s’est investie à la réaliser. Il a dépensé de son temps, de son énergie et de son argent pour la produire et n’en espère pas moins que d’en tirer un certain bénéfice, principalement moral sans aucun doute. Je n’imagine aucune seconde qu’il puisse exister un photographe montrant une photo sans qu’il soit convaincu qu’elle plaira. Dès lors la moindre mise en doute de son œuvre le contrarie, il ne peut pas en être autrement puisqu’il s’agit ici de nature humaine bien avant de discussion sur les goûts. Le texte critique ne peut ignorer cette dimension qui prend en compte la politesse que l’on doit à tout interlocuteur. Je citerais la très originale manière de faire de Amine Landolsi qui termine ses textes par de cordiales salutations.


Dire d’une œuvre, aussi vide soit-elle de sens, qu’elle est nulle démontre un manque de tact impardonnable. La pire des critiques serait de conseiller à des jeunes photographes – tout juste familiers avec la photographie - d’arrêter d’en faire alors que l’on ignore totalement leur profil : fragilité du caractère et degré de résistance à la critique. Revenons à nos premières planches contacts où nous nous extasions sur la netteté des objets pourtant du ressort de l’objectif ou de la beauté d’un ciel nuageux dont le responsable n’est surtout pas le photographe. La découverte de la photographie, son dispositif, ses possibilités, le plaisir que l’on tire et la satisfaction égoïste, mais compréhensible, de se dire que l’on est en train de « faire », d’être acteur et non pas spectateur, d’être auteur d’une œuvre, bref de s’affirmer, étant un passage obligé. Ce n’est pas inintéressant de les voire comment faire.
Imaginez que l’un de ces jeunes photographes, dont on a conseillé de faire autre chose, ou que ses photos sont sans intérêt, devienne dans une dizaine d’année un photographe de renom. La parade est toute trouvée pour ces critiques - sans gants - qui l’on précédemment avili pour se justifier : « ce sont mes paroles qui l’on poussé à ce surpasser, il devrait me remercier pour le service que je lui ai rendu »…oubliant qu’ils ont sacrifié non seulement des dizaines qui n’ont pas pu, ou su, digérer la vexation qui leur a été infligée mais aussi tous les autres débutants qui ont déchiré leur photos de peur de se voir humilier. Alors bien avant de rédiger une critique pesons nos mots et rappelons-nous qu’il y a quelqu’un qui n’oubliera jamais nos propos.

De quelle critique parle-t-on ?

Tout comme il est anti-professionnel de la part d’un avocat de la défense ou du plaignant de se contenter de dire que celui qui est assis sur le banc est innocent ou coupable, il est inconcevable de dire seulement qu’une telle photo est mauvaise ou bonne. Même les « j’aime » et « je n’aime pas » ou les « ? » ainsi que les « waw » et la relative « ma préférée » ne sont d’aucune utilité à ce niveau de la critique.

"Portrait", Photographie tirée de l'album de Slim Zahra (SLOWN)


Dalila Yakoubi à propos des photos de Slim Zahra (qui voudrait que l’on appelle Slown) se contente à dire ce qu’elle ressent oubliant la seconde partie de la critique : le pourquoi : « je n'ai aucun sentiment. mastines (sans goût)».


Nous passons nos journées à argumenter. Pour changer un pain pas assez cuit, pour marchander le prix d’une voiture, pour demander une augmentation, pour discuter à propos des faits de sociétés qui nous préoccupent, nous ne faisons que défendre bec et ongles nos idées. Dans toutes nos discussions nous livrons un combat, tout à fait loyal, pour convaincre (bien que certain le font pour vaincre) mais dès qu’il s’agit des affaires de goût il arrive que nous manquant de raisonnements. Un texte critique est surtout un texte argumentatif. « Voilà pourquoi » j’aime cette photographie, ou bien voici les causes de mon aversion pour cette œuvre. A partir de ce point il est question d’arguments. « Vous aurez du décaler votre cadre vers la gauche », « changer d’objectif » ou « reculer d’un mètre » ne sont pas à ce niveau d’un grand intérêt. Ces conseils ne sont pas du ressort du critique mais de l’animateur de club photo ou de l’enseignant.

"Léa", Photographie tirée de l'album de Gaël Coto

Le critique, bien qu’il parte de la photo, vise la pratique dans sa globalité et dans son ensemble.
La remarque de Mahmoud Chelbi à propos de l’album de Gaël Coto est une excellente illustration de ce que doit dire un critique, c’est la vision du photographe qui prime sur tout le reste, car s’il est possible en peu de temps d’améliorer sa technique il n’en est pas de même du regard : « j'adoooore et les petits défauts techniques je m'en balance ! »

Entre le sec commentaire de Adel Marouani concernant les photos de Aziz Tnani : « c'est rien » et celui nuancé de Riadh S. à propos du même album : « Un excellent reportage...Même si certaines photos peuvent être imperméable (pour pas dire plus, cf. la 4) sans contextualisation culturelle...mais dans l'ensemble j'aime bien (perso. j'aime bcp la 1, 6 et 7)... », il est évident que bien souvent il s’agit de trouver les mots justes : sans caresser dans le sens du poil ni tirer le chat par la queue !!
! Au risque de rendre le félin un peluche ou de se faire griffer.

"Une autre vision de la Kharja", Photographie tirée de l'album de Aziz Tnani

D’autre part il arrive que le critique se trompe totalement de sujet. Il m’est déjà arrivé d’avoir loupé une critique pour avoir mal compris le procédé utilisé (1), mais je me suis expliqué tout de suite après qu'une réplique me fut adressée...Certains persistent à y voir ce qui n'existe pas !!!

A propos de l’album de Cimier, Adel Marouani écrit : « Les filtres Cokin, où les filtres de photoshop, ne peuvent donner un plus que s'ils sont judicieusement utilisés. Évitez la recherche des effets spéciaux, cherchez le sujet qui vous intéresse et contentez-vous d'une prise de vue simple ». Alors qu’il s’agit de photographies réalisées avec un appareil photo bien particulier le Holga. Ces mêmes photos, là discréditées trouvent grâce chez Mohamed Ben Soltane qui y trouve : « beaucoup de sensibilités» sans chercher a aller savoir avec ou comment cela a été fait.

Suit une discussion fort intéressante que je transpose ici à la virgule près puisqu’elle me parait un échange fort instructif :

Yoann Cimier : « Aucun "filtre" n'est utilisé et encore moins de traitement photoshop. Le sujet ici, ce ne sont pas les images en soi, mais l'esthétique totalement aléatoire du Holga (appareil russe en plastique - coût : 20 euros). La chambre n'est pas totalement étanche à la lumière, ce qui explique le contraste entre les parties surexposées et sous-exposées de la pellicule 120. L'enroulement du film est également manuel, et donne lieu à des surimpressions. La vitesse d'obturation est fixe au 1/60ème ce qui est une réelle contrainte quand à l'exposition et oblige à travailler avec un film peu sensible (ici fuji velvia 50 asa). Avec cette série intitulée "Holgarithme" j'exploite les vertus du film en opposition aux "algorithmes" du tout numérique. Les aberrations chromatiques font parties du jeu. L'emploi du Holga est une antithèse de l'esthétique numérique. Un "Arte Povera" photographique, une approche simple et humble à l'image, produite sans matériel coûteux. »

Mahmoud Chalbi : « j'approuve ta démarche ,yoann ! »

Ameye David : « Le sujet ici, ce ne sont pas les images en soi, mais l'esthétique totalement aléatoire du Holga '''' ok avec toi, mais un sujet fort avec l'holga.... c'est un plus ....il serait sinon trop facile de se dire photographe s'il ne suffisait que de charger son 6x6 holga, et de déclencher... »
.
Yoann Cimier : « Charger son appareil d'une pellicule, c'est déjà être photographe. C'est précisément la particularité de la photo. Amateur ou professionnel, il n'y a que de bonnes ou de mauvaises photos. Concernant les "sujets forts", nous n'étions ni à Arles ni à Perpignan. La soirée de projection avait pour humble objectif de montrer un panel d'images de jeunes photographes débutants ou confirmés afin de créer une émulation et encourager la pratique de la photo en Tunisie. Dans ce cadre il était intéressant de proposer (et éventuellement de faire connaître) quelques techniques alternatives. Ces images sont de simples snapshots du quotidien. Mais un quotidien transfiguré par une technique, un appareil, un style, un savoir faire... La banalité du quotidien étant le point de départ de tout aspirant photographe. »
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"Mahdia", photographie tirée de l'album de Yoann Cimier

Adel Marouani : « Monsieur Yoann, les livres photos des années 70 et 80 sont pleins d'astuces de trucages et autres montages. Je me rappelais qu'on allumait la chambre noire, pendant un laps de temps pour obtenir un certain effet sur le baryté, Tous ces artefacts n'impressionnent plus personne s'ils sont exhibés pour étonner. N'empêche, travailler une photo, avec photoshop, ou autre logiciel, pour changer ou corriger certains paramètres et si le résultat est une œuvre originale, non une application d'un exercice de filtrage ou solarisation..., contrairement à Bouali, je suis tout à fait d'accord. Je considère, aujourd'hui, l'outil informatique, avec ses différentes applications, une aubaine pour la créativité s'il est utilisé à bon essayant. »
Yoann Cimier : « Bien heureusement, mes travaux ne se limitent pas au Holga et je n'utilise pas celui-ci pour épater la galerie, mais pour mon plaisir personnel. Pour visualiser d'autres images : www.skate-site.com ».


Photographes ! Vos papiers !

La Rentrée symbolique de l’année photographique n’est pas l’apanage des photographes qui ambitionne de faire de l’art. Le titre ne le dit pas et le texte du dépliant évoque la photographie d’expression, cela veut dire la photographie qui parle, qui crie, qui alerte, qui pleure ou s’amuse, qui montre…toute la photographie. J’ai souvent évoqué le cas de photographies documentaires devenant œuvres accrochées dans des galeries d’exposition, citons aujourd’hui celles réalisées dans une intention artistique et qui finissent illustrations publicitaires. Bien malin celui qui pourrait aujourd’hui catégoriser la photographie et par delà les photographes. La photographie de mariage dévalorisé chez-nous en « photographie alimentaire » ou « utilitaire » est devenue ailleurs un espace de création artistique digne d’intérêt.
Personne parmi ceux qui étaient présents lors de la Rentrée n’a revendiqué le titre d’artiste-photographe, de reporter photographe, de photographe illustrateur ou de photographe de studio, alors comment se permettons-t-on de leur enlever un statue qu’ils n’ont pas prétendu avoir ? Alors avant de dire qu’une telle photo n’est pas artistique demandons à son auteur, quels sont ces intentions, il se peut qu’il n’y ait même pensé ! Personne n’a classé ses photographies dans une certaine catégorie. Le reportage est un des genres les plus usités ces derniers temps. Cependant il faudrait signaler que le sens artistique ou plutôt la profondeur artistique pourrait transparaitre dans plusieurs genres. La publicité, l’illustration et le reportage. Richard Avedon et ses publicités, Salgado et le reportage social, Naghtway et sa photo de guerre, sont arrivés à un point de leur pratique photographique que l’artistique a occulté les sujets qu’ils voulaient promouvoir ou les problèmes qu’ils espéraient dénoncer. Adel Marouani qui écrits à propos de l’album de Chahine Dhahak : « Ce sont des photos de reportage, aucun signe artistique. Vous pouvez être un bon photographe journalistique. Mais aucune inspiration artistique ne transpirent de ces photos », avait pris la Rentrée pour un examen d’orientation.

Autre échange qui démontre que les animateurs sont investis d’une énorme responsabilité vis-à-vis de la jeune génération : Mahmoud Chalbi sans s’interroger sur le genre de photographie que pratique Kais Ben Farhat écrit : « le sujet y est : un hôtel presque vide ! On sent qu'on s'y ennuie ! c peut être pour ça que le photographe semble s'ennuyer aussi ,est pressé et veut prendre le sas de sortie ( photo 8) ! »
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Kais Bf : « tu lis dans mes pensées Mahmoud... d'ailleurs ce que tu ignores c'est que j'ai appelé cette série" l'hôtel de la solitude"...et même si c'est du travail bâclé et que je m'attends au pire côté critiques cela n'arrêtera pas ma passion pour la photo et d'ailleurs je n'ai jamais été autant investi par la photo que ces jours ci...je vous promets mieux que ça. accordez moi du temps !!! »
Mahmoud Chalbi : « super, kais ! avance, avance, la photo est une belle aventure, une belle passion ! ».
"On dirait le sud", Photographie tirée de l'album de Riadh S.


Un commissaire d’exposition doit pouvoir encourager les pratiques photographiques de qualités même si elles se situes en dehors de ses genres préférés : comparons le commentaire de Chelbi à propos de l’album de Riadh S. : « bien que ce genre de photos ne soit pas ma tasse de thé ,jm cette série pour sa rigueur photographique ! », avec celui de Adel Marouani : « Mon ami Riadh, tout le monde a fait le nuage et la kobba. Il n’y a pas une expo en Tunisie sans kobba (cette généralisation démontre que l’auteur de ce commentaire a manqué plusieurs expositions NDA). Moi je veux donner une dimension artistique à ta photo, tu cherche le drôle c'est ton problème. Je m'excuse ».

Quelle histoire ?

J’avoue avoir été parfois plus virulent que Adel Marouani et d’autres fois plus avenant que Mahmoud Chelbi, mais comme pour tout métier, le temps permets d’affuter ses outils.
Toutes les critiques sont bonnes à prendre, la constructive, la technique, la poétique, la lyrique, la destructrice, la vulgarisatrice…l’idéale c’est qu’elle le soit toute à la fois dans un même texte, ayant en plus un standard littéraire de qualité. Une critique qui part des sentiments, qui évoque la technique sans la rendre primordiale, qui décrit sans verser dans le lyrique, qui part du particulier ; la photo, au général ; la pratique de la photographie, et qui la mets en perspective - en parallèle ou en confrontation chacun ayant sa méthode - avec l’histoire de la photographie. Nous sommes à un point où il faut expliquer le concept « histoire de la photo ». On dénombre plusieurs points de vue. Certain parlent de photographie nationale, celle-ci pourrait avoir plusieurs significations. Lehnert, Deconcloit Van Raepenbush font-ils partie de cette histoire ? D’autres évoquent et revendiquent tout ce qui a été fait en Tunisie ne faisant pas de distinctions entre les nationalités ni la durée d’activité des photographes non-tunisiens. Rare sont ceux qui font appartenir ce qui se fait ici à ce qui se fait ailleurs en reculant pour voir l’ensemble. A suivre…

Hamideddine Bouali
28 septembre 2009



(1) Lire : "Quo vadis", puis "Lettre ouverte de Salima Karoui" et enfin "Vermatim" http://du-photographique.blogspot.com/2009_06_01_archive.html

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mardi 22 septembre 2009

Retour sur la Rentrée

Retour sur la Rentrée

Vue panoramique du Patio de Beit el Bennani lors de la Rentrée symbolique de l'année photographique
4 photos avec le Lumix accolées. Photo Hamideddine Bouali 12 septembre 2009



Il suffit d’un rien
Qu’est ce qui fait qu’une manifestation soit réussie ? Un bon concept et beaucoup de chance. Pour la rentrée symbolique, il suffisait d’envoyer 10 photos, un autoportrait et un court C.V. Puis le jour de la manifestation, un avant-programme documentaire et un débat en fin de soirée pour les plus passionnés. C’est simple, efficace et cela donne une manifestation moins lourde à gérer qu’une exposition en « dur ». Deux personnes pour tout organiser en une semaine en exploitant le fabuleux pouvoir de facebook et un bon carnet d’adresse mail. Avec trois autres personnes pour la logistique le jour-même et le tour était joué…Difficile de faire plus efficace. Pour la chance, il fallait nous voir, Mr Mohamed el Bennani et moi-même, scrutant le ciel et prier que le ciel soit avec nous. Quelques gouttes de pluie, mouillant le parterre une demi-heure avant le début annoncé de la manifestation, nous ont démontré qu’il suffisait d’une brise fraiche pour que le nuage qui faisait du surplace au dessus du patio de Beit el Bennani mette fin à notre projet. En 2007, ils étaient une dizaine à répondre à l’appel, l’année dernière dix-sept, cette année 37 photographes de Tunisie et de l’étranger ont compris que le jeu en valait la chandelle. Rien à dépenser, ni tirages ni encadrements ni tracas pour transporter les œuvres et les ramener après. Aucune sélection, tout dossier envoyé était de facto accepté. Concept simple, efficace et volontairement racoleur. Ici il n’y a pas de contrainte d’emplacement d’accrochage alors pourquoi sélectionner ? Ne privons pas les jeunes photographes du bonheur de se voir sur grand écran, en les laissant rêver de paraitre meilleur que les photographes plus expérimentés.

El Qods n’est pas en Palestine tout comme Kairouan n’est pas en Tunisie

Après Bouchoucha lors de la première édition et Kahia l’année dernière, le fonds photographique de Beit el Bennani ne pouvait passer l’occasion de célébrer les deux cités : El Qods et Kairouan.
Talel Hammad évoqua el Qods à travers une vingtaine de Photographies de sa ville natale devant une assistance concentrée et émue, à un certain moment le Père Jean Fontaine demanda la parole pour raconter une anecdote qui s’est passé entre les Pères blancs d’el Qods et la mosquée voisine, aussi bien l’exposé que l’intervention furent chaleureusement applaudis.

L’universitaire tunisien Mohamed Kerrou prit la parole pour raconter Kairouan vu d’en haut par Van Rapeanbush et d’en bas par d’autres photographes. Le public silencieux comme dans un amphi de campus suivit les deux cours d’histoire qui durèrent, une vingtaine de minutes.
Le public était si nombreux que le faisceau du vidéoprojecteur était en parti occulté par des ombres chinoises.
La salutaire pause café (Bondin) permit d’enlever l’allée centrale des chaises et de disposer des tapis. Le public bon enfant pris place confortablement. Nulle part ailleurs on peut assister à un spectacle photographique allongé à la romaine. Personne ne s’est plaint, bien au contraire d’ailleurs.



Vue plongeante sur le Patio de Beit el Bennani (Photographie Dalila Yakoubi)

Une belle Rentrée
La grande projection débuta juste après une succincte présentation du concept de la manifestation. Le silence se fit sans que personne ne l’ait exigé. Dans un calme majestueux, sans aucun commentaire, si ce n’est de ceux qui ont exigé que l’on n’utilise plus le flash, la projection continua sans discontinuité. Personne n’aurait pu prévoir que le public allait faire fonctionner la méthode l’applaudimètre après la dixième photo de chaque photographe afin de montrer son degrés de satisfaction.
Nous avons tous, organisateurs et public, constaté le magnifique mutisme qui régna lors de la projection. 55 minutes de photographies où presque tous les thèmes ont été abordés : portrait, scène de la vie quotidienne, nature morte, photographie de voyage, macrophotographie…aussi bien en couleur qu’en noir et blanc. Les photographes ? Depuis le photographe du dimanche jusqu’au confirmé, en passant par l’amateur éclairé le membre de club photo, le fraichement promu d’une école d’art… évoquant le matériel utilisé : du Holga bourré volontairement de défauts jusqu’au numérique à 18 millions de pixels. La panoplie était complète à tous les niveaux. Les satisfécits furent remis par l’ami des lieux Mr Ahmed Jellouli, flamboyant en costume traditionnel des grands jours, ce qui donna à la cérémonie un attrait particulier. La veille, le jury constitué par Mme Faten Aouadi, Kamel Benounes et Karim Kaddour octroya le prix du meilleur sujet à Heithem Chebbi et celui du meilleur espoir à Tarek Mrad. Minuit passé, une trentaine de personnes, pour la plupart photographes, encore assoiffés de photographie assista au débat que votre serviteur dû animé, en l’absence de Mahmoud Chelbi empêché par un deuil dans la famille. On évoqua lors de ce débat, le marché de l’art, les critères pris en compte par les critiques, les catégories de photographes…Brefs en fit un peu le tour du sujet mais il manqua au débat une polémique ; bien piquante, celle qui délit les langues , fait fuser les arguments et éclaircie les pensées des plus indécis. J’estime que la manifestation a rempli le but quel s’est fixé : faire rencontrer les photographes, montrer les travaux de ceux qui n’ont pas les moyens, ou l’opportunité, d’exposer.

Sur facebook ou par mail quelques uns m’ont communiqué leurs opinions :


Sabrine Belkhouja : « Très bonne ambiance, j'ai beaucoup apprécié !! Malheureusement, je ne pouvais pas rester jusqu'au débat car j'avais un déplacement à faire. J'aurais aimé entendre les avis sur mes photos mais bon inchallah une autre fois car ce ne sera pas ma seule participation ;) Merci en tout cas et bonne continuation.
Karim2k : « la rentrée doit symboliser le démarrage des classes! Où est notre calendrier :) ? ».
Ben karim « C'était exceptionnel a refaire et refaire! bravo Hamideddine ! »
Marwene Trabelsi :
Une grande attente et une grande déception pour " la Rentrée ". Se que j’attendais c’est un niveau élevée et apte d’être prêt à concourir à l’échelle international, mais ce que j’ai trouvée une énorme quantité sans qualité !!! Un niveau trot bas surtout le point conceptuel et sans un travail de réflexion derrière !!!

La photo contemporaine n’est plus un geste minime d’un simple acte de prise de vue c’est toute une réflexion sur le thème le sujet l’angle et la manière de la prise de vue je site à titre d’exemple les fabuleux travaux de « Lucie et Simone » à Ghar el Mel ou bien de « Romain le blanc » , pour moi sa le vrai sens de la photographie contemporaine !!!
Pas un travail primitif à mon avis de prendre des clichés du quotidien !!!
Et si on veux se situer à l’échelle Internationale on est très loin de la course ou dans une piste parallèle qui marche à un rythme de Tortue …
- notre voyage au Maroc nous à permis de voir l’évolution de nos voisins les Marocains qui sont on avance sur nous !!! et qui on pris un grand élan sur la scène international.
- à mon avis le premier problème c’est un problème de voir, il faut voir l’ensemble de la scène International pour se situer.
- Le second problème c’est un problème de sujets et de thèmes, il ya pas une originalité dans les choix des sujets traiter (que du déjà vue … )
- Le troisième problème c’est la focalisation de l’outil technique pour le but de la création photographique et non pas le contraire (c’est-à-dire que la technique prend le dessus sur le sujet)
On bref se sont ces quelque point qui m’en interpeller et qui on attirer mon attention, désolée j’ai pas assez de temps pour développer ma thèse car j’ai des engagements professionnel qui me prive tu temps nécessaire
Bon courage et bon chance pour le bien de notre Photographie Nationale
Mehdi Zribi : Tout d'abord j'aimerai ben te féliciter pour le succès que a eu la manifestation à Beit el Banneni, c’était une très belle réussite. C'était ma première participation, et je suis sûr que ça ne sera pas la dernière :), J'ai une faveur, est ce qu'il est possible de me faire part de vos commentaires sur mon travail, ça m'intéresse beaucoup..J’aurais voulu connaitre l'avis des pro en photographie, ça sera pour moi l'occasion pour m'améliorer, apprendre et aller plus loin dans ma passion :) Saches que je suis ouvert à toute critique :) (Si tu as le temps bien sûr, je suppose que tu es débordé :) )
Au plaisir de se rencontrer dans d'autres manifestations. C'était un échange culturel et artistique très bénéfique :) Hâtes de participer encore une fois dans des manifestations pareilles!! Le public été à la hauteur d'un tel événement :) Bravo :)
Ons Abid : « bravo pour le travail fourni et j'espère que tu étais en forme aujourd'hui »
Elyes Djazz : « heyyy =)) moi j'étais parmi ceux qui étaient assis directement sur le marbre, regardant les photos depuis un angle fermé. Peu importe, on ne sent plus rien des que les photos sont projetés sur le mur, des thèmes et des couleurs, et tour a tour cela m'enchante et m'intrigue... Pour moi, c'était vraiment époustouflant, grandiose, cela m'inspire et m'encourage de plus en plus pour me mettre corps et âme dans la photographie»
Rim Lariani: « Moi j'ai adoré la soirée du début jusqu'à la fin même si on était entassés en bas, les uns sur les autres. J'ai aussi aimé le calme qui régnait lors de la projection des photos, je ne voulais pas que cette dernière se termine au fond. Dommage que ce genre d'événement a lieu une fois par an. Il nous le faut plus souvent et je pense que plus on organise des soirées de ce genre, plus il y aura des intéressés (spectateurs et participants) et donc plus le domaine de la photo évoluera en Tunisie :) »
Meloman : « ban moi jetais assi puisque je suis venu plutot lol mais ban cété géniale et trés réussi trés bénéfique et surtt content de vous revoir tous »
Dalila Yakoubi : « une très belle ouverture d'une nouvelle année photographique ; bien organisée ; je suis très contente et ravie d'être parmi vous :) au prochain rendez-vous nchallah. ».



à suivre : "Critères de la Critique"
Hamideddine Bouali
22 septembre 2009

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samedi 12 septembre 2009

Chronique de la rentrée

La Rentrée

Affiche de la manifestation réalisée par Hamideddine Bouali (cliquez pour agrandir)

Pour la troisième année consécutive Beit el Bennani organise La Rentrée de l’Année photographique. Notre ambition est de réunir le plus grand nombre de photographes afin de connaitre les auteurs au-delà de leurs œuvres, d’écouter des opinions, de partager des rêves, d’encourager des projets et de susciter des vocations. Notre souhait et de voir, à l’instar du cinéma, du théâtre, de la littérature, de la chanson et de la musique, une photographie tunisienne. Une photographie se situant entre le cliché édulcoré et l’académisme épuré, une photographie vraie, sincère et qui aura longue vie.

Le programme de la manifestation sera varié. Cette année on célèbre deux villes : El Qods ; Capitale Culturelle Arabe et Kairouan, Capitale Culturelle Islamique. Depuis le fonds Beit el Bennani un choix de photographies permettra d’apprécier l’évolution urbaine de ces deux cités dont l’histoire, bien que différente, nous intéresse particulièrement. La dimension documentaire de la photographie se révèle, ici plus qu’ailleurs, prépondérante.
La soirée se poursuivra sur un autre registre. Plus de quatre cents photographies signées par une trentaine de photographes débutants ou confirmés, tunisiens et étrangers, sans aucune autre ambition que d’être là ou désirant affirmer leur présence seront mises au même niveau d’appréciation. Ce sera au public lui-même de voir puis de se faire une idée sur l’état actuel de la créativité photographique à travers une projection sur grand écran. Avant d’entamer la troisième et dernière partie de la soirée consacrée au débat, il sera procédé à la remise des satisfécits aux photographes dont un jury constitué, aura estimé à juste titre les œuvres.
Est-il pertinent d’affirmer que la bonne santé d’une pratique photographique est une cause directe de l’émancipation de la critique ? Ce baromètre est toujours sous pression, acculé entre l’envie de tout dire et la prudence de ménager les sensibilités. Incontournable acteur - tout comme le curateur - le critique, polémiste sans le vouloir et incorrigible pamphlétaire, se trouve souvent pris à parti tout simplement parce qu’il a pris position. Tout comme un premier jour d’école porteur d’espoir de réussite, nous voulons instaurer une tradition ; celle de partir, du bon pied, depuis la même ligne de départ pour convoiter une unique arrivée ; la promotion de la photographie en Tunisie.
Hamideddine Bouali
12 septembre 2009

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jeudi 10 septembre 2009

Programme de la Rentrée

La Rentrée
Symbolique
de l’Année Photographique


Programme

21h 30 : Deux capitales en images :
Projection d’un ensemble de photographies anciennes. Fonds Beit el Bennani

El Qods par l’écrivain palestinien Talel Hammad
Kairouan par l’universitaire tunisien Mohamed Kerrou

22h 30 : La Rentrée de l’Année Photographique
Projection des œuvres des photographes :


Ons Abid
Stéphane Assézat
Hamdi Ayadi
Rachida Azdaou
Raoudha Balbouli
Akram Belaid
Yasser Belhadj Brahim
Sabrine Belkhouja
Abdelkrim Ben Abdallah
Kaïs Ben Farhat
Imen Ben Hassine
Hamideddine Bouali
Amel Bouslama
Heithem Chebbi
Yoann Cimier
Gaël Coto
Sylvia De la Mauvinière
Xavier De Luca
Chahine Dhahak
Lotfi Gariani
Romdhane Gueddiche
Yassine Meddeb Hamrouni
Amor Harzallah
Asma Kanzari
Abderrazak Khéchine
Amine Landolsi
Tarak Mrad
Salma Mejri
Susana Paiva
Riadh Sifaoui
Douraid Souissi
Aziz Tnani
Marwene Trabelsi

Dalila Yacoubi
Salma Zaiane
Slim Zahra
Mehdi Zribi

23h 30 Dégustation des cafés Bondin et de halwa chamia La Gazelle

23h 45 Remise de satisfécits
Meilleur sujet (photographes confirmés)
Meilleur jeune espoir
Prix offert par Les Cafés Bondin


00h00 « La critique photo en Tunisie»
Débat animé par Mahmoud Chalbi

La Rentrée de l’année photographique
est organisée par Beit el Bennani et soutenue par les Cafés Bondin

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samedi 29 août 2009

Chronique intercalée

Deux "L" pour voler


Chronique des chroniques
Des quatre chroniques de la Lune annoncées celle intitulée « Nouvelle Lune » tardera encore un peu avant de paraitre. Elle sera probablement publiée lors de la prochaine nouvelle lune ; le 18 septembre. Des sujets graves et rarement évoqués sont la cause de cette longue gestation. Les mots, les mots justes sont parfois difficiles à trouver, la présence d’un dictionnaire n’est pas d’une grande utilité, le problème se situ
ant dans la localisation du signifiant.

Lumix et Leica : deux « L » pour voler
Le tour des propositions, selon mon budget, des principaux constructeurs, Nikon, Canon et Sony m’a permis d’avoir une idée précise de l’état de la technologique actuel. Puis dernièrement je me suis épris du Finepix S3, un appareil assez particulier au point que j’ai fait un déplacement de 600 kms pour enfin trouver une offre ne correspondant pas à l’annonce publiée. Cela m’a donné la possibilité de visiter Gafsa. J’avais des préjugés sur les possibilités des bridges. Ces appareils sont au milieu de l’offre technologique – mais leur prix empiètent sur le créneau des compacts et dépassent parfois celui des reflexes. Un bridge, concept récent, est un appareil photo muni d’un objectif fixe mais disposant d’une focale variable qui couvre la totalité des besoins d’un photographe. Toute la mécanique du miroir amovible des reflexes est absente ici, elle est remplacée par un viseur électronique, ce qui fait que ces appareils produisent beaucoup moins de bruit. A part cela je n’ai pas vu de différence notable entre un bon reflexe 24 X 36 et le Lumix DMC –FZ 50 que je viens d’acquérir.

Le Panasonic Lumix DMC –FZ 50. 10 Mpix et zoom 35 - 420 f 2,8.

Toute suite acheté il fut utilisé. Le zoom de 35-420 mm ouvrant à f : 3,5 est un Elmarit de Leica, plus la peine de trimballer au
moins deux zooms pour couvrir cette impressionnante amplitude. Le stabilisateur est là pour permettre une prise de vue à main levé même aux focales extrêmes. Le gain en confort d’utilisation, pour un photographe de ville comme moi, est indéniable. Il me faut bien évidemment quelques jours pour avoir une prise en main totale de ce Lumix qui offre des options pour tous les goûts, la plus intéressante étant la possibilté de photographier au format 4:3 (écran de PC), 3:2 (télévision) et même le 16:9.

Les Souks de Tunis le 28 aout 2009 à 14 h 11. Photo (16:9) Hamideddine Bouali

Les Souks de Tunis le 28 aout 2009 à 14 h 13. Photo Hamideddine Bouali

Les Souks de Tunis le 28 aout 2009 à 14 h 24. Photo (ton chaud) Hamideddine Bouali

Bab Bh'ar (la Porte de la mer) de Tunis le 28 aout 2009 à 14 h 33. Photo (recadrée) Hamideddine Bouali

Bab Bh'ar (la Porte de la mer) de Tunis le 28 aout 2009 à 14 h 34. Photo Hamideddine Bouali

Bab Bh'ar (la Porte de la mer) de Tunis le 28 aout 2009 à 14 h 45. Photo Hamideddine Bouali

Aujourd'hui je me remets en selle, quelques photos à la Médina, passage obligé si je puis dire entre mon bureau et le centre ville de Tunis (42° à l'ombre), puis un long moment de pur de bonheur photographique devant Bab Bhar (la Porte de la mer).

Hamideddine Bouali
29 août 2009

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samedi 15 août 2009

La Rentrée symbolique de l'année Photo

Communiqué


Pour la troisième année consécutive Beit el Bennani organise symboliquement La Rentrée de l’Année photographique. Vue le succès grandissant de cette manifestation, l’année dernière un nombre conséquent de photographes ayant répondu à l’appel, il est fort probable que cette édition verra la participation d’un nombre supérieur.

Bab Menara vers 1900. Carte postale. Droit reservé


Le samedi 12 septembre 2009 à partir de 21h30, le patio de Beit el Bennani (11 bis boulevard Bab Menara) accueillera tous les photographes ; les passionnées, les débutants, les confirmés, les étudiants, les enseignants, les professionnels, les jeunes, les moins jeunes, les tunisiens de Tunisie ou résidents à l’étranger, les étrangers résidents en Tunisie ou ailleurs…Tous sont invités à participer à ce rendez-vous unique en son genre. Une grande soirée de projections de travaux personnels, sans restrictions de techniques, de thèmes ou de démarches.

Programme provisoire :

Projections d’un ensemble de photographies anciennes. Fonds Beit el Bennani
Projection des travaux photographiques reçus
Dégustation de cafés de marques
Débat animé par Mahmoud Chelbi sur le thème : « La critique photographique en Tunisie»
Distribution de satisfécits

A. Meilleur sujet (photographes confirmés)

B. Meilleur jeune espoir (nouveaux photographes)


Modalités de participations :


10 photographies (ni plus ni moins) de résolutions écran
Autoportrait du photographe
Titre de l’ensemble

Un Curriculum Vitae


Dossier à envoyer avant le 8 septembre 2009 à l’adresse : photoramadan2009@yahoo.fr


Pour de plus amples informations prière contacter
le coordinateur : Hamideddine Bouali : Tél : 99590578
ou par mail : beitelbennani@yahoo.fr

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vendredi 31 juillet 2009

Chronique de la Lune (3)

Retour sur Terre


Les 7e Rencontres de Ghar el Melh. Photographie Gaël Coto. 4 juillet 2009



Retournons à Ghar el Melh
Après « La Chronique de la Pleine Lune » où j’évoquais ce qui a agréablement réussi à Ghar el Melh, et la parenthèse du « Plongeon dans la Mer de la Tranquillité » pour commémorer l'aventure spatiale de la photographie, revenons à cette 7e édition des Rencontres, pour passer en revue ce qui ne fut pas parfait. La Lune n’arrête pas de nous offrir une portion de sa surface. Pendant un mois, elle nous présente quatre phases caractéristiques : La pleine lune, puis le dernier quartier, la nouvelle lune enfin le premier quartier, et cela reprend. Le premier et le dernier quartier sont des périodes où la Lune est une demie Pleine Lune ou une demie Nouvelle Lune. C’est exactement comme un verre à demi plein ou à demi vide !!! Chacun comprendra donc - selon son caractère – ce qui suit.

Les autres expositions
Cette édition a permis de révéler d’autres jeunes photographes tunisiens. Citons Akram Belaid, Kaïs Ben Farhat, Slim Harbi, Chahine Dhahak ainsi que les membres du groupe « Atelier sans titre » qui ont rejoint des photographes plus expérimentés comme Heithem Chebbi, Marwen Trabelsi, Karim M’rad, Mouna Jemal Siala et Ons Abid. Tous ces photographes, ainsi que ceux cités dans « La Chronique de la Pleine Lune », forment la nouvelle génération. Au vu de ce que l’on a vu cette année, aussi bien au Printemps des Arts (1) qu’à Ghar el Melh, il y a de quoi être optimiste. Mais s’il y a une réelle maitrise technique chez ces photographes, pour la plupart actuel ou futur diplômé des écoles d’art, je suis par contre moins euphorique quant à la démarche artistique et au choix du sujet. Il faut posséder une perfection technique, j’allais dire chirurgicale, pour fermer les yeux (!) sur le reste qui est, avouant-le, plus important.


Vue de Paris (Photo exposée au format 13 X 18 cm). Photographie Ons Abid



Ne peut être un Raepenbusch qui veut ! L’exposition de ce photographe a attiré l’attention sur ce technicien-photographe qui a produit une œuvre d’une grande rigueur professionnelle. Occasion aussi de mettre en ligne une autre photographie de ce photographe dont aucune exposition n’a jamais montré ses œuvres, avant cette première de Ghar el Melh, puisqu’elles étaient destinées à une autre utilisation.


Station et pompe British Petrolium à Bizerte rue d'Alger 1958.
Photo Gilbert Van Raepenbusch. Fonds Beit el Bennani



De l’audace
La jeune photographie tunisienne manque d’audaces. Certes on a tendance à croire que tout a été fait, et c’est en parti vrai. Si presque tout a été photographié de mille manières, il n’en demeure pas moins que bon nombre de territoires restent encore à explorer. C’est a vous photographes d’aller empoigner des partis pris singuliers, de découvrir des démarches inattendues, bref de suivre votre instinct personnel car vous êtes, comme tout un chacun, uniques… bref d’inventer du photographique. Pourquoi la photographie tunisienne tarde-t-elle à décoller, à s’internationaliser ? En l’état actuel des choses je ne peux que dresser un constat. Si le paysage naturel ou urbain, les effets spéciaux, les mises en scènes, le portrait et les scènes du quotidien semblent être les sujets les plus traités par les photographes, d’ici comme d’ailleurs, c’est bien la démarche suivie qui change du tout au tout. La culture spécialisée - constitué de l’histoire des manières de voir ainsi que le suivi de l’actualité photographique - est obligatoire avant de mettre son œil dans le viseur. Les connaissances en cinéma, en peinture, en géographie, en histoire, en littérature…seront bien évidemment le bienvenu. On ne peut pas se considérer comme un Robinson Crusoé, tentant de recréer le monde dans sa petite ile. Des milliers de photographes ont longtemps photographié, exposé et publié, il est vain, inutile et ridicule de ne jamais chercher à les découvrir ou pire de faire semblant qu’ils n’ont jamais existés. Aujourd’hui, en quelques heures de connexions à quelques sites web, nous avons la possibilité de voir défiler sur l’écran de l’ordinateur, toutes les grandes pages de l’histoire de la photographie, assez pour être influencé, stimulé et inspiré. Un bon photographe est celui qui met dans son déclenchement toute l’histoire de la photographie…Plus volonté ou ambition qu’objectif à atteindre, cela se sous-entend. La photographie est un espace d’expression d’une fabuleuse puissance, nous avons eu l’occasion de le constater encore une fois à travers le programme culturel qui a choyé les férus de photographies à Tunis (2). Mais il est curieux de constater que la visite de ces expositions d’une grande qualité, n’a pas déclenché l’émulation espérée. Aujourd’hui encore, on rencontre des photographes qui semblent pratiquer leur passion en dehors de l’histoire de la photographie. J’ai déjà longuement parlé de la signification d’un sujet photographique, pour affirmer la primauté du temps dans l’œuvre photographique. Que vaut une photographie que l’on peut répéter ou refaire à volonté ? Attention je ne voudrais pas que l’on interprète mes propos de travers, ce qui arrive souvent avec mes écrits. Je ne suis pas en train de démontrer que la photographie c’est uniquement des instantanés, des flagrants délits ou des moments décisifs à la Cartier-Bresson. Un photographe, prenant en photo uniquement un mur blanc, pourrait donner une signification intéressante au sens du temps s’il possède l’aptitude artistique pour le faire.
Le temps, tous le secret de la photographie est là.


Formats dites-vous !
Le choix du format d’un tirage photographique n’est pas sans conséquence sur la bonne et correcte vision de celui-ci. Évidemment je parle sans prendre en considération les possibilités matérielle du photographes, ni de la taille de la galerie d’exposition ou du laboratoire équipé pour tirer tout les formats. Mon propos est générique. N’importe quelle photographie ne sied pas à illustrer une boîte d’allumettes, tout comme il serait inutile d’agrandir une photographie simple, dans le sens qu’elle n’est pas constituée de menus détails, au-delà d’une taille convenable, ne gagnant absolument rien, sauf à la surcoter en cas d’exposition vente. Si en Art la grande loi c’est qu’il n’y en a pas, en technique photographique il existe heureusement des logiques, qu’on peut bien évidement ne pas suivre. Il me semble qu’il faudrait agrandir une photographie au point que le plus petit détail soit correctement identifié. Exposer des petits formats de photographies denses et remplis de détails est préjudiciable à la bonne compréhension, tout comme gonfler une œuvre pour qu’elle s’impose davantage uniquement en la sur-agrandissant n’a pas de sens. Les photographies d’Ons Abid, de Mariannes Catzaras (précisément celle intitulée Le Bateau), de Gaël Coto et de Cynthia Cappe ont été dévalorisé par le choix du format. Leurs photographies basées sur l’espace ; notion qui demande, bien naturellement, une surface pour s’exprimer, gagneraient à être davantage agrandies. Le spectateur risque de ne pas saisir toute la signification de leurs œuvres s’il ne se sent pas dans l’image.



Bassin 3 (Photo exposée au format 40 X 50 cm). Photographie Cynthia Cappe.


Les photographies de Sylvia de La Mauvinière auraient dû être tirées en plus petit. Son exposition qui s’apparente plus à un reportage à la manière de Géo ou de National Geographic se regarde mieux en panorama, car ces images sont intimement liées les unes aux autres au point que l’ensemble ferait une seule photographie. Prise chacune à part le message passe difficilement sans texte d’accompagnement.
L’exemple à suivre serait ce qu’a fait Yoann Cimier avec la diversification des formats de son exposition. L’alternance des images de différentes tailles, judicieusement choisies, a produit, dans une salle d’exposition circulaire, la magnifique sensation d’être entouré, enveloppé… environné par des paysages ainsi que par leur auteur. Évidemment il faudrait signaler que le problème de logistique est plus simple à résoudre pour les photographes résidant en Tunisie.


Tentative d’animation dans la canicule
Est-ce bien raisonnable d’organiser des animations matinales à Ghar el Melh sous un écrasant soleil après une nuit sans fin sur la plage, et une nécessaire grasse matinée ? Il est alors hasardeux de demander aussi bien à des animateurs qu’à des enfants d’être là pour diriger ou suivre une animation. Cette année, le comité avait décidé de programmer les Rencontres en juillet. Les avantages sont nombreux. L’année scolaire est terminée, les fonctionnaires travaillent en séance matinales seulement et puis cela donnera une semaine en plus pour tout organiser. Sauf qu’il s’est avéré qu’au lendemain de la fin des cours, les enfants ne souhaitent pas avoir affaire, encore, à une activité organisée, même si les animations photos à Ghar el Melh ont toujours été ludiques. Au mois de juillet il n’existe pas d’après-midi à Ghar el Melh, et le fort Lazaret est déserté au profit de la magnifique plage de Sidi Ali El Mekki à quelques kilomètres de là. Le soir venu, les visiteurs viennent ou retournent pour apprécier la merveilleuse brise de la fin de journée, ce moment est idéal pour programmer des activités annexes aux expositions, table-ronde, projection, atelier…
Tout compte fait, la situation géographique et la date d’une manifestation, que l’on croyait un avantage, peuvent jouer comme un frein à son succès. Juin ou juillet, un ou deux forts de Ghar el Melh, imposer un sujet ou rester sur la diversification ? Les bonnes réponses à ces interrogations, pourront mettre les Rencontres, enfin, sur les rails de la continuité ; en trouvant la formule qui marchera à coup sûre. En sept éditions, tout a été expérimenté, il est maintenant venu le temps de faire des choix définitifs.
Notre amie, Olfa Belhassine, journaliste au quotidien La Presse, a entièrement raison de qualifier (3) cette édition de miraculée. Quant elle évoque la crise économique cela se comprend : moins de sponsors, ce qui inéluctablement produit moins d’expositions et donc moins d’invités étrangers, même le volume du catalogue s’en est ressentit. Mais quand elle parle d’essoufflement de cette manifestation, n’a-t-elle pas manqué de lier les conséquences à leurs causes ? Certes du point de vue de la quantité ; nombres d’expositions et d’animations, cette édition est moins importante que les précédentes, mais la qualité n’a pas manqué. Cela sera toujours une question de sentiments, de sensibilités et d’états d’esprit…Une demie Pleine Lune donc !
L’année dernière et celle d’avant, les Rencontres ont très bien marché aussi bien d’un point de vue qualitatif que quantitatif, cette 7e édition a souffert du démarrage tardif de son organisation et de la crise économique. Cette édition a eu lieu, malgré tout mais pas n’importe comment. Être là était essentiel pour la pérennité de la manifestation, d’autres organisateurs auraient peut-être choisi de déclarer forfait.


Chronique des chroniques
Avant, pendant et après les Rencontres de Ghar el Melh j’ai reçu un nombre inhabituel de sms, de mails, d’appels téléphoniques, d’ici et de l’étranger. Je vous livre tel quel ces messages.


Avant les Rencontres
Mela Piekacz (photographe polonaise, invitée des 6e Rencontres) « love and light from London ».
Talal Bairun (photographe libyen, invité des 6e Rencontres) : « Je suis de tout cœur avec vous ».
Zouhair Ben Amor de Tunis (photographe et fondateur-animateur du Festival des arts plastiques d’Ezzahra) : « Tu n'as jamais critiqué honnêtement, tu as toujours épargné les gens avec qui tu as des intérêts. Je m'excuse Hamid, mais tu as perdu toute crédibilité avec les anciens, il te reste chaque année la nouvelle galerie des néophytes de Ghar El Melh que tu peux épater. Dommage que tu as viré dans ce sens. Quant à moi, je suis photographe et je le resterais, ça m'arrive d'être bon ou d'être à côté. Mais moi je positive, je tente et c'est ça la démarche de l'intellectuel ou l'artiste. Les critiques qui veulent casser le moral ne me touchent plus, j'ai 54 ans avec 37 ans de photos ».
Mahmoud Chelbi de Tunis (photographe, commissaire d’exposition et animateur de l’espace d’Art d’El Teatro) ; « Pour soutenir les Rencontres Photographiques de Ghar el Melh, il faut étêter le comité d'organisation qui ne connait rien à la rencontre et encore moins à la fête tout en maintenant une vision étriquée de l'art photo ! ».
André Marzuk de Nice (photographe français, invité des 6e Rencontres) : « Cher h AMI d, Tous mes vœux vous accompagnent pour faire de ces 7e Rencontres un grand moment pour l'avenir et le succès de la photographie en Tunisie. Je ne pouvais venir vous saluer car je suis en pleins préparatifs d'exposition cette année, mais je pense beaucoup à vous tous ! J'embrasse tout le monde : Ons, Hejer, Salah et Hamida, Anissa et Donia, Houbeb, Natalia, Rabâa et Rania... et pardon si j'en oublie ! Et, bonnes "nuits" de discussion sur la plage à 2 heures du matin ! ! ! Je serais avec vous comme un (gentil) fantôme souriant ! Amitié sincère. PS : Au cœur de ton prénom : ami. Quelle merveille ! »


Après les Rencontres
Akram Belaid de Tunis (Photographe, invité des 7e Rencontres): « fidèlement transmis, merci Hamid d'avoir pu décrire tout ce qu'on a vécu à travers des mots chose qui m'est difficile ».
Jacques Pochard de Belgique (photographe et fidèle lecteur de ce blog) : « Merci pour cette belle chronique. Merci de nous faire partager ces beaux moments vécus.....et découvrir les jeunes talents tunisiens, ils promettent vraiment. Vous avez choisi de parler de ce que vous aimez, vous le faites avec enthousiasme et talent. Vous nous donnez, à nous tous, absents de cette manifestation, l'envie d'y aller et de partager avec vous et tous les autres photographes présents ces moments de plaisir partagé et de complicité ».
Slaheddine Haddad (journaliste et poète) de Tunis : « Encore une fois merci d'avoir permis avec d'autres ces rencontres de la photographies sans lesquelles on se demanderait de quoi nous aurions l'air. Il faut bien sûr que nous ferons mieux et que nous ne sombrerions pas dans l'autosatisfaction béate ». Plus tard à propos de la mise en ligne de l’album des Rencontres sur Facebook ; « Cher ami, Moi qui ai raté l'ambiance festive de Ghar el Melh, je te remercie de me l'avoir faite partager».
Lilia Benzid de Tunis (photographe et membre du comité d’organisation) : « c'était, comme toujours, un moment hors du temps, et toi, tu as été toujours aussi formidable, sacré Hamid, merci pour tout ce que tu fais avec tant de passion ! ».
Elyes de Tunis (photographe n’exposant pas à la présente édition) : « Vivement l'année prochaine =)) Hamid ya dawla ».
Faouzia Sahli de Tunis ; « Avez vous eu le temps de bien organiser votre fête de la photo, c'est mieux que Rencontres parce que c'est toujours dans l'improvisation !!! "temps mieux" que rien ».
Khawther Slama (étudiante en Beaux-arts) : « c’est vrai, un magnifique album, pour un magnifique événement ».
Slim Harbi de Berlin (photographe et exposant à la présente édition) : « Des stimulations sur la rétine, des histoires plein le cœur ....Ghar el Melh ».
Marwen Trabelsi (photographe et exposant à la présente édition): « Très belle photo des trois " jeunes " Photographes à la fin de l'article , mais il y a un mot qui rassure, en quelque sorte , "à suivre ..." on attend donc la suite ... ».
Amal Belhout de Tunis (étudiante à l’Académie d’Art de Carthage): «Il ne restera que la photo la plus belle à garder, la photo en mémoire qui pousse à dire : oui il y a une prochaine fois, oui ! c'est à refaire, encore une fois Hamid merci pour cette expérience qui m'a fait gagner non seulement un métier mais une noble humanité grâce à des gens sympa, généreux et créatifs ! », puis à propos de La Chronique de La Pleine Lune : « adorable chronique, chapeau bas Hamid ».
Heithem Chebbi de Nabeul (Photographe exposant à la présente édition): « Bonjour, tu étais le dernier à quitter le fort de Lazret, alors moi et Marwen , nous étions les avant derniers, c'est la loi de la nature qui est exprimée en quelque sorte avec un proverbe tunisien " Ma ya93od fel wed ken 7ajrou", oui bien rentré et concentré au boulot dans cette chaleur, habitant la médina de Nabeul malgré qu'elle est une ville sur mer... ».
Puis je reçus ce mail de H. Khaznaji depuis Paris : Une photo jaunie : « Il nous arrive à tous, un jour, l’envie d’ouvrir les cartons restés en l’état depuis le dernier déménagement qui remontait à pas mal de temps. Ces cartons qui renferment les traces de nos joies et de nos tracas (administratifs et autres) sont comme le grenier que l’on n’ose pas visiter de peur de déranger le désordre serein d’un passé chargé de souvenirs et d’émotions suspendus dans le temps. Dans un de ces cartons j’ai retrouvé le visage envoutant de celui qui a été aimé et qui a aimé la vie. La photo jaunie me ramène au printemps de notre vie. Plus de trente ans s’étaient écoulés et pourtant l’émotion était encore là. Intacte. Enfouie, lointaine, mais intacte. Sur la photo Anouar Ben Aïssa (4) tel je l’ai connu, l’attitude noble et le geste élégant.
Il était généreux, sensible, toujours prévenant, et dévoué. Nous avons eu plusieurs années de complicité sans soucis. Il avait plusieurs passions mais l’amitié et la photo faisaient partie de sa vie. Il avait l’habitude d’être derrière l’objectif et très rarement devant, ce qui explique pourquoi je n’ai trouvé dans mon carton qu’une seule photo de lui, prise probablement par un quelconque photographe amateur. Comme avec une cassette vidéo, je reviens en arrière et repasse les images pour les déguster encore. Je me souviens des soirées avec lui à Sidi Bou Said qui se prolongeaient jusqu'au matin, de nos rires sur les marches du café des nattes, des spectacles sublimes du festival de Carthage qui se déroulaient dans un silence religieux et une atmosphère de jasmin et du lever du soleil sur la rade de Tunis qui nous indiquait le moment de rentrer… Je me console en regardant les photos en noir et blanc, prises par Anouar lors de nos sorties. Je les regarde, je m’émerveille et puis je passe de l’émerveillement à la colère…la colère contre la mort qui s’est vautrée sur ce cœur si gai, si généreux. Son doux visage ne me quitte pas.
"L'essentiel est invisible pour les yeux" St-Exupéry".


Que valent nos photographies, les expositions de cette 7e édition ainsi que les bonnes et les mauvaises impressions à propos de ces Rencontres, face à la force de l’amitié, à la mémoire que nous portons des gens qui nous sont chers et qui sont partis précipitamment ?
L’amitié, peut-être autant que l’amour, est le sentiment le plus fort capable de tenir tête à la mort. Une photographie, et dans ce cas de figure il n’est bien évidemment plus question de parler de qualité, tirant du fin fond de notre mémoire le souvenir d’un moment partagé, d’un sentiment commun ou d’un furtif regard, est plus cher que n’importe quel autre. A la lecture de ce mail, mes pensées prirent le chemin de l’école buissonnière, le cœur n’y était plus alors de parler d’expositions ou de photographies. Les touches du clavier grippaient sous mes doigts et le sourire enfantin d’Anouar Ben Aïssa me parus sur l’écran, le même que j’ai souvent croisé dans les vernissages d’expositions, les siennes, les miennes et celles des autres. Je me rappelle encore de la dernière qu’il organisa peu avant qu’il ne fasse ces valises, à la galerie Mille Feuilles de La Marsa. L’annonce de son décès fut une gomme effaçant de ma mémoire les photographies qu’il exposait, je ne m’en rappelle plus. En lieu et place il n’est resté qu’une discussion à propos de tout sauf de photographie dans un minuscule salon inondé d’une lumière crue.
Je le savais souffrant, mais le trouvais incroyablement digne pour ne pas en parler et de ne pas éviter de le faire si quelqu’un le faisait. Les photographies accrochaient sur les cimaises me paraissaient vide de sens, de simple cadre rempli de noir.
Qu’adviendra-t-il de nos photographies après notre inéluctable disparition ? Oui toujours cette sempiternelle interrogation. Sauf que ce jour là, je ne m’en inquièterais pas du tout. J’en viens à les détester, toutes à commencer par les siennes, les miennes surtout, oui à les détester et même à les haïr puisqu’elles survivent - tant bien que mal - à leur auteur. Aucun objet, aucune photographie, aucune œuvre d’art, aussi cher soit-il, ne vaut la vie d’un être humain. Mais si une des fonctions de ces objets, de ces photographies, de ces œuvres d’art est celle de nous aider à nous (en) souvenir, donc à vivre, alors tant mieux.
Heureusement que la mémoire ne jaunit pas. Le monde ne finira pas, tant qu’il y aura quelqu’un pour se souvenir d’un autre.


(Bientôt suite et fin avec Chronique de La Nouvelle Lune)



Hamideddine Bouali
31 juillet 2009



(1) Voir « La Chronique la plus longue »
(2) Voir l'ensemble des chroniques de 2009
(3) Voir La presse de Tunisie du 9 juillet 2009
(4) Anouar Ben Aissa est un artiste photographe tunisien décédé en 2001

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lundi 20 juillet 2009

Chronique de la Lune (2)

Plongeon dans la Mer de la Tranquillité

Buzz Aldrin photographié par Neil Armstrong, Mer de la Tranquillité. La Lune. 21 juillet 1969

Référence officielle (N.A.S.A.)
N° d’ordre : Apollo 11, AS11-40-5903
Lieu (!) et date de réalisation : 1969-07-21 (U.T.)
Central Latitude/Longitude (deg) 00.57,023.49 E
Imaging Information : Image de surface
Instrument : Hasselblad E L

Objectif Zeiss Biogan de 60 mm de focale ouvrant à f 1/5,6 muni d'un filtre polarisant.
Film : Kodak Ektachrome EF SO, 168 Asa de format 70 mm

La lune vaut bien une chronique
Cette photographie fut élue en 2001 "La photo du siècle"(1), peut être parce qu'elle est jusqu'à nos jours la photographie la plus publiée. Néanmoins elle est souvent accompagnée de la légende "Le premier homme sur la Lune" alors que cet visière cache le visage d'Edwin Aldrin le second à le faire. Même le site Photographie.Com s'est trompé, on affirmant : " Vous avez été 64,28 % à choisir dans le livre "Les 100 photos du siècle" celle des premiers pas sur la Lune d'Armstrong". Confondant le sujet avec le photographe. Pourtant la mention (date, auteur et employeur ou agence) de la photo illustrant l'article est correcte : 21 juillet 1969.
Neil Armstrong -Nasa. Mais avant d’arriver sur les lieux, la photographie fut un acteur primordial dans la conquête lunaire.
En mars 1840, c'est-à-dire moins d’un an après la divulgation de l’invention de Daguerre par François Arago, l'Américain J. W. Draper réussit une prise de vue de la Lune à l'aide d'un daguerréotype disposé au foyer d'un télescope de 130 mm de focale en utilisant un temps de pose de vingt minutes. Felix Tournachon, à qui on doit la première photographie aérienne depuis un ballon captif, choisit Nadar comme surnom, anagramm
e de Ardan le principal personnage du roman de Jules Vernes « De la terre à la Lune ». La Lune est devenue une préoccupation de photographes. En 1896 l'observatoire de l'université de Harvard termine le premier atlas photographique de la Lune, de la face visible, bien entendu ! L'existence d'une face visible et d'une face cachée est due à la synchronisation parfaite entre la rotation de la Lune sur elle-même et sa rotation autour de la Terre, les deux phénomènes durent chacun 27 jours 7 heures 43 minutes exactement. Il fallait attendre le 4 octobre 1959 pour que l’homme regarde enfin l’autre côté de la Lune à l’aide des premières photographies réalisées par la sonde spatiale soviétique Luna III. Imaginez qu’il fallut automatiquement développer les négatif à bords et les envoyer par voie radio à la terre.

La face cachée de la Lune vue et photographiée pour la première fois le 4 octobre 1959 par la sonde soviétique Luna III


La course commence
Le 12 avril 1961, Khrouchtchev annonce, après une heure de révolution sur les 108 minutes prévues autour de la terre de la capsule Vostok 1, que l'Union soviétique a envoyé un homme dans l'espace.

Le cosmonaute Youri Gagarine, dans le bus l'emmenant au pas de tir. Photo DR. 12 avril 1961


La Place Rouge est envahie par une foule enthousiaste, la Pravda du lendemain titre en grosses lettres cyrilliques " Le plus grand événement de l'histoire du monde"(2)...mais point de photographies de l'exploit, juste le portrait de Youri Gagarine dans le bus l’emmenant au pas de tir ou celles de son accueil par les officiels.
Il a fallut plus d'un mois au président américain Kennedy pour trouver ses mots face non seulement à l'exploit mais surtout, de l'ignorance des services de renseignements américains des préparatifs des Soviétiques. Face à ce double défi, il promit devant le Congrès américain, avec un mélange de sentiments patriotiques bafoués et de challenges technologiques à relever: "de déposer un homme (un Américain, évidements) sur la lune et de le ramener vivant avant la fin de la décennie". A défaut d'avoir été les premiers dans l'espace, la N.A.S.A. s'est vue dans l'obligation d'être avant tout le monde sur la Lune. Contrairement aux soviétiques, qui n'ont pas su profiter du vol de Gagarine pour ajouter à la propagande les illustrations qui vont avec ; ils n'ont diffusé que des portraits “terrestres” de leur héros, les Américains ne vont rien laisser au hasard. Le mécanisme de la Star System de Hollywood fut exporté en orbite en attendant le grand show de Lune. Mais le but se révèle difficile à atteindre. Malgré la multiplication, en cinq ans, du budget de la N.A.S.A par dix et l'enrôlement de pas moins de 20000 entreprises et des meilleures ressources humaines du pays dans tous les domaines, les experts estimaient en 1963 que la chance pour que la promesse de Kennedy soit tenue avant la fin de la décennie est de une sur dix ! (3). Entre temps les Russes ne chôment pas. En 1964 ils envoient trois hommes en orbite, puis en 1966 ils réalisèrent l'exploit d'envoyer la sonde Luna IX vers la Lune et de la ramener sur terre avec à son bord des négatifs de la surface lunaire en gros plan. Le 24 décembre 1966 Luna XIII alunit.


Service photo spatiale
Dans "Photography Equipement and Techniques" (4), on peut lire que pour les Américains : " La photographie n'était pas une des priorités des deux premiers vols orbitaux, l'essentiel résidait dans la conduite du vaisseau. Toutefois l'astronaute John Glenn avait un Ansco Autoset, appareil photo de série qui a subi de légères transformations. Cet appareil n'était pas très pratique à manier si on porte des gants très volumineux. L'autre problème résidait dans l'impossibilité d'utiliser le viseur de l'appareil avec le casque de l'astronaute. On lui adjoignit une poignée pistolet pour faciliter sa prise en main et une manivelle d'avancement du film disproportionnée. Enfin l'automatisme de l'exposition a libéré l'astronaute de la manipulation des bagues d'ouvertures et de temps de pose... Pour la première mission on utilisa un film négatif couleur, qui supporte mieux les écarts de lumière que les inversibles". Plus loin en apprend que pour les besoins de la mission Mercury VII, on continuera à utiliser le format 135 mm mais avec un autre matériel ; le Robot. A cet appareil fut monté un objectif d'une ouverture de f/0,95, afin de pouvoir photographier les lueurs les plus faibles. Puis la N.A.S.A chargea un comité pour constituer le cahier de charges de ce que devrait être un matériel photographique de l'espace ; des commandes manipulables par des gants, une qualité mécanique et optique irréprochable, la possibilité de changer et de décharger un film en cours de prise de vue ainsi qu’une résistance à des très importants écarts de température et d'humidité. Les techniciens de la N.A.S.A. trouvèrent que le Hasselblad 500 C avait le profil idéal pour les missions spatiales puisqu'il répondait pleinement à toutes les exigences et les contraintes envisageables".


Le Hasselblad EL 500, avec lequel furent réalisés les photographies spatiales et lunaires en 1969.
Plus tard il sera remplacé par le Nikon F3


Le Hasselblad 500 C
C’est un appareil très robuste constitué de 600 pièces (pas une de plus). Il fut soumis à une batterie de tests digne du Guinness book. Après 200.000 déclenchements (soit 16666 bobines de format 120, qui font 12749,45 m de long !) Les techniciens ont noté que le ressort de l'obturateur s'est rompu après 26.000 déclenchements, 3.300 films après cet incident on a dû changer les lamelles de l'obturateur. Un pignon a résisté encore pendant 150.000 déclenchements. Les techniciens de la firme Hasselblad ont conclu leurs tests on rappelant qu'un appareil sorti de leur usine ne tomberait jamais en panne s'il est révisé tous les 5.000 déclenchements comme il est indiqué dans la garantie. L'appareil qui a subi cette épreuve fonctionne encore, comme d'ailleurs le premier 500 C livré en 1949, et a été donné au Club Photo de la firme Hasselblad (5). Le 500 C offre aussi la possibilité de le charger au cours de la prise de vue par des dos ayant des films de différents types ; noir et blanc, inversible couleur et infrarouge contrairement aux boîtiers 135. Le 500C est construit par les usines Victor Hasselbad en Suède et vendu dans le commerce. Mais à partir des vols d'Apollo VIII, les équipages furent équipés de boîtiers 500 Electric 500 EL et d'objectifs spéciaux dessinés et assemblés spécialement pour la circonstance (6).


Le premier satellite suédois
L'astronaute Michael Collins était en 1969 le troisième homme de la mission Apollo XI. Il fut assigné à garder le module de commande lorsque ses coéquipiers ont visité la Lune. Trois ans auparavant lors d'une sortie orbitale à bord de la capsule Gemini X, il perdit son Hasselblad SWC, le boîtier de service muni d'un objectif grand angulaire, qui devient ainsi le premier appareil photo satellisé. Heureusement que les techniciens de la N.A.S.A. ont prévu un cordant ombilical reliant l'astronaute à la capsule. Le lendemain on pouvait lire dans la presse : " Premier satellite artificiel suédois, un Hasselblad SWC !". Interrogé, Victor Hasselblad précise : "Ce n'est pas notre compagnie qui a fabriqué la courroie" (7).


Le 500 Electric 500 EL

Le nouveau boîtier est désigné par le nom de code Electric 500 EL. Cet appareil ne comporte pas de viseur, impossible de l'utiliser avec la visière bombée des scaphandres. Il a fallu aussi revoir l'ergonomie des commandes ; les bagues de mise au point et de l'ouverture ainsi que le déclencheur ont été redessiné afin qu'ils soient manipulables avec les moufles portées par les astronautes. Le cœur même des boîtiers fut aussi revisité, puisqu'il fallait obtenir des images calibrées utilisables en tant que documents scientifiques. On leur a donc adjoint une plaque de verre réticulée, placée devant la fenêtre du dos porte film, comportant des repères en forme de croix, visible sur toutes les photographies. La distance entre deux croix était très précise. La tolérance ou l'écart d'erreur permis atteignit 2 microns (0,002 mm) (8) !!! Lors d'une prise de vue ces croix étaient automatiquement reproduites sur le film ce qui permettaient de les mesurer et de connaître, par une formule intégrant focale et distance de mise au point, la taille absolue et relative des objets photographiés. Pour éviter les étincelles intempestives du à la friction du film sur ses rails de guidage, la firme Hasselblad a dû user d'une grande ingéniosité. Ses ingénieurs ont installé sur les boîtiers 500 EL des rails en verre qui évacuent l'électricité statique produite sur la plaque réticulée, enduite elle aussi d'une mince couche de métal, jusqu'à des plots en argents. Tout ce dispositif était conçu et appliqué aux appareils photos afin qu'ils ne puissent pas produire un début d'incendie. Un appareil photo de l'espace devrait se soumettre à des tests dans des ambiances extrêmes, l'oxygène pur des cabines, le vide des sorties orbitales, ou l'atmosphère de la Lune, l'Hasselblad 500 EL fut imaginé et construit pour supporter, tour à tour ces épreuves.
Les chargeurs de vues, qui pouvaient pour les modèles commerciaux contenir au maximum un rouleau de 24 vues ce qui aurait supposé une plus grande fréquence de chargement déchargement de dos, ont été évidés afin qu'ils puissent contenir des rouleaux de 200 vues en noir et blanc et 160 en couleur. Cette prouesse a été possible aussi en demandant aux firmes Kodak et General Aniline & Film Corp. de fournir à la N.A.S.A. des films d'une épaisseur très fine. Ce qui permettait en les enroulant sur leur axe d'obtenir un diamètre équivalent à un film normal.


Programme Mercury

Le 3 juin 1965 Edward White fut le premier astronaute américain à quitter une capsule en plein vol. Son collègue, James A. Mc Divitt, ne cessa de le photographier et, quelques semaines plus tard, le monde entier admirait ces images, s'étonnant de leur netteté et de leur brillance. Elles ont été publiées dans des milliers de périodiques et admirées par des millions d'êtres humains (9).

Photographie de la première sortie dans l'espace exécutée par le cosmonaute soviétique Alexey Leonov (Voskhod-2).
Photo
Pavel Belyayev - 18 mars 1965

Photographie de la seconde sortie dans l'espace exécutée cette fois par l'astronaute américain Edward White.
Photo
James A. Mc Divitt,3 juin 1965


Les photographie de Edward White vêtu de son scaphandre blanc avec comme toile de fond le bleu des océans sont incomparablement meilleures que celles de Leonov tristement pâles, pourtant réalisées deux mois plus tôt depuis la capsule Vostok-2. Les prouesses accomplies dans le domaine photographique semblent plus marquantes que les exploits technologiques.



Une tragédie évitée

Les missions d'Apollo VIII, IX et X étaient lancées pour préparer le terrain à Apollo XI. Elles réalisèrent des photographies des lieux possibles d'alunissage, des essais de mise en orbites... bref une répétition générale en attendant la grande première. Les astronautes de la mission de Apollo VIII ont pris des photos durant les dix orbites autour de la Lune. Mais leurs missions les plus importantes furent exécutées aux quatrième et cinquième orbites. Ils réalisèrent à la verticale du sol lunaire des photos destinées à une reconstitution stéréoscopique de la surface lunaire. Pour cette opération, Frank Borman commença à orienter la cabine spatiale de façon que son nez soit pointé directement vers la Lune, à la verticale de la position. Puis un Hasselblad commandé électriquement par un intervallomètre prit une vue exactement toutes les 20 secondes. Du seul fait du déplacement de la cabine, chaque point fut ainsi photographié sous un angle différent, permettant une reconstitution stéréoscopique ultérieure. L'émulsion employée, le SO-121, en raison de son très haut pouvoir de résolution, a permis de réaliser des images d'une précision inouïe sur lesquelles les détails les plus fins sont visibles. Ces photographies ont été nécessaires pour choisir le futur point de débarquement. Pendant le retour, la Terre a de nouveau été photographiée au moyen de l'Ektachrome 80-368. Puis, arrivés à une altitude de 12 300 kilomètres, les astronautes ont rangé tout leur équipement.


Ils avaient alors pris mille photos de la Lune dont 400 en couleurs (10). Lors de cette mission Anders, mandaté pour faire uniquement des photographies en noir et blanc, fut épuisé au point de s'endormir. Juste avant il avait branché son appareil pour qu'il puisse fonctionner automatiquement. L'ouverture du diaphragme avait été réglée à f:1/2,8 alors que selon les moments il fallait plutôt f :1/5,6 ou f:1/8, les experts de la N.A.S.A. ont pu sauver ces films surexposés en leur appropriant un traitement spécial. Le programme de travail des astronautes était si chargé que parfois les grosses erreurs deviennent courantes, le même Anders s'est trompé d'émulsion en chargeant un Hasselblad. Les expositions se trouvèrent fausses de dix diaphragmes. Il n'était plus question cette fois d'un développement sur mesure, l'erreur commise dépassait la marge d'erreur permise, Les spécialistes de la N. A. S. A. purent sauver le film en mettant au point un nouveau révélateur (11) !

Opération publicitaire sans précédent pour la firme Victor Hasselblad à partir de 1969


Le manuel du photographe de l’espace
Le document sur la technique photographique destiné aux équipages des missions spatiales intitulé : "Photography Equipement and Techniques" évoqué plus haut est digne d'être lu. La somme d'informations et le haut degré de connaissance que les astronautes devaient assimiler est déroutante. Ce manuel débute par la description de tout le matériel photographique embarqué. Puis continu par un chapitre intitulé "Engineering Photography" qui est un cours de photographie appliquée à la recherche. Le manuel évoque les films photographiques, leurs caractéristiques, leurs domaines d'applications, leur sensibilité chromatique, leur rendu des tons, le contraste, la sensibilité tous ceci expliqué scientifiquement dans une langue précise et concise. Puis un chapitre à propos du procédé argentique, nous sommes en 1969 et le numérique n'existait pas encore, commençant par une théorie chimico-physique de la photographie. Les techniques du noir et blanc et de l'inversible couleur sont analysées en détail ; diagrammes et courbes à l'appui. La courbe sensorimétrique qui résume et illustre l'interaction entre l'exposition du film lors de la prise de vue (la quantité de photons qui l'a impressionnée) et son développement (durée du développement, sensibilité résultante), d'où le pouvoir de résolution, l'accutance et le contraste du film. Même la notion d'image latente, qui n'a peut-être pas à être analysée en profondeur pour des individus qui n'ont qu'à réaliser une prise de vue est longuement commentée. J'ai intentionnellement donné la liste de ce qu'un astronaute devrait apprendre avant de réaliser une prise de vue. Armstrong ou Aldrin devraient-ils nécessairement connaître les courbes caractéristiques des différents films utilisés ? Le fait qu'ils apprennent l'existence d'une hibernation de l'image entre sa réalisation et son développement, ce que l'on dénomme par image latente (12), fera-t-il d'eux de meilleurs photographes ? Le processus photographique est une suite de causes et d'effets, la moindre défaillance dans un des chaînons se répercute sur les suivantes. N'oublions pas que ce sont des ingénieurs, capables de retenir un volume inhabituel de données, de les extrapoler et de les recouper avec d'autres informations.

Qui sera le photographe, qui sera le sujet ?
Des centaines de tests furent soumis aux astronautes qui ont déjà participé aux programmes Mercury, Gemini et Apollo afin de choisir les trois hommes qui formeront l'équipage d'Apollo XI. Deux arrivèrent ex aequo, avec un léger avantage pour Edwin Aldrin (13), colonel de l'armée de l'air, Neil Armstrong, ingénieur en aéronautique viendrait tout juste après. Mais il fallait choisir le commandant de la mission, celui qui foulera en premier le sol lunaire. La question fut probablement tranchée en très haut lieu, sûrement à la Maison Blanche. Son locataire, Richard Nixon, décida que le premier homme à mettre le pied sur le sol lunaire sera un civil. Il est vrai que l'image d'un militaire plantant le drapeau américain sur la Lune cela ferait forcément hégémonique. Rappelons encore une fois le contexte politique, la contestation à propos de la guerre du Viêt-Nam est virulente. Alors il est préférable que le premier homme sur la Lune sera le descendant de sir Edmund Hillary vainqueur de l'Everest, que celui de Christophe Colombe conquérant ou d'un Hernan Cortés victorieux mais sanguinaire !!! L'équipage d'Apollo XI reçut la Hubbard Medal de la National Geographic Society (14), dans la pure traditions des grandes explorations du début du XXe siècle.

Une phrase à retenir et un discours à oublier
Dès qu'Armstrong met pied à lune (nous ne sommes pas sur la terre) il prononce une phrase, qui n'existe dans aucun document pré-vol de la N.A.S.A., car elle est censée être fruit de l'émotion du moment et témoignage sur le vif. Qui peut se douter un seul instant que la N.A.S.A., avec ces milliers d'experts de toutes spécialités, ait laissée à la convenance d'un seul individu la formulation d'une phrase dont le poids est historique et la portée universelle ? Il est fort probable que les mots furent choisis avec une grande attention, afin que depuis Mar Tranquilitas, l'image de l'Amérique soit à la fois celle d’une superpuissance tout en étant porte voix des autres pays. Le célèbre malentendu né de la mauvaise transmission de la voix d'Armstrong qui aurait dit : "Un petit pas pour un homme (et non pour l'homme), un grand bond pour l'humanité" n'a pas été définitivement tranchée (15). Même la transcription des dialogues Houston - Mer de la Tranquillité maintient le statu quo : "That's one small step for (a) man, one giant leap for mankind", en mettant entre parenthèses le (a) controversé. Armstrong avoue que cet instant ne fut pas pour lui, contrairement à ce que nous serions en droit de croire, le moment le plus intense. Pilote depuis l'âge de quinze ans, il a été surtout ému lors de la phase de descente, à l'instar de l'atterrissage d'un avion ; phase la plus délicate et dangereuse d'un vol, qui l'a le plus impressionné. Armstrong ayant dû alunir le L.E.M. manuellement puisque l'ordinateur de bord, saturé de données, fut déclaré hors service (16).

Voir la Lune et mourir
Propos d'Armstrong lors de la phase d'approche du L.E.M. : " je suis en train de prendre des vues du site d'atterrissage (il aurait du dire alunissage, N.D.A.), nous sommes en train de dépasser le cratère Taruntius, et les photographies rapportées par les missions Apollo VIII et X donnent une prévision de ce que nous voyons maintenant. C'est exactement comme des photographies avec la différence qu'il y a entre assister à un vrai match de football et le voir à la télévision. Rien ne remplace le fait d'être ici" (17).
La mission réussit on escamota d'autres paroles qui n'étaient plus de circonstance. En effet les conseillers de Nixon ont préparé un discours au cas où le L.E.M. (la capsule qui s'est posée sur la Lune) ne réussira pas à repartir vers la terre. Il aurait alors conclu son discours par : "Tout être humain qui lèvera les yeux vers la Lune saura désormais qu'il existe un point du monde faisant à jamais partie de l'humanité"(18). L'astrophysicien Trinh Xuan Thuan constate : "Qu'une partie de la motivation pour aller dans l'espace était attachée à la fierté nationale. Mais je pense qu'Aldrin et Armstrong ont marché sur la Lune en tant qu'hommes et non en tant qu'Américains... L'aventure lunaire a vite tourné court puisqu'elle s'est terminée en 1972 avec Apollo XVII. En tout, il y a eu six missions sur le sol lunaire, soit 80 heures à arpenter une petite partie de notre satellite : un peu plus de trois jours pour en rapporter 381 kilos de pierre. Cela nous a certes appris beaucoup sur la composition et l'origine de la Lune, mais c'est peu au vu de l'effort investi. Une fois que les Américains ont battu les Soviétiques à plate couture, ils se sont désintéressés de la Lune" (19).
Dans une des rares interviews données, Armstrong confirme que la compétition avec les russes :" fut d'une importance cruciale dans notre succès, parce que sans cette concurrence entre les nations nous n'aurions pas eu l'enthousiasme des gens et l'argent nécessaire pour financer le programme"(20).
Lors de cette mission, l'équipage recevait en continue des informations de tous genres, allant de l'état de santé de leur proches aux résultats des matchs de football. Ils apprirent qu'ils n'étaient pas les seuls visiteurs de la Lune. Une dépêche de l'agence de presse russe Tass leur apprend que la capsule Luna XV est entrain de tester le champ gravitationnel de la Lune, qu'elle a réussi à photographier quelques cratères avant d'alunir pour analyser les constituants de sa surface (21).

Aldrin ne rencontrera plus jamais Armstrong (*), celui qui lui a ravi la vedette. Certes c'est Neil Armstrong, en plus d'avoir été le premier sur la Lune, qui est l'auteur en tant que photographe amateur (beaucoup plus que cela au vu du manuel qu'il avait lu ) de la photo la plus publiée au monde, néanmoins elle montre E. Aldrin. Quel cotés choisir ?
Aldrin n'avouera jamais entièrement en public être déçu de n'avoir été que le "deuxième" homme. Une frustration maladroitement cachée quand il déclare qu'on avait choisi Armstrong " car c'est lui le commandant" (22).

Armstrong Vs Aldrin
Il est fort probable que la N.A.S.A. voulant réparer l'injustice faites à Aldrin, décida de mettre en avant le portrait en pied d'Edwin Aldrin. Cette image fit la couverture et la manchette de dizaines de milliers de revues et journaux depuis l'été 1969. Elle serait le symbole même de la mission. Mais souvent la légende accompagnant cette photographie mentionne le nom d’Armstrong !
Un des buts de la mission fut de réaliser le plus grand nombre de photographies, et celles qui ont été depuis des best-sellers, ont fait partie d'une liste prioritaire. La photographie demeure, dans la plupart des cas, une preuve irréfutable qu'un événement à bien eu lieu. La preuve…voici la photo ! Les images réalisées pendant cette mission demeurent jusqu'à nos jours les photos les plus publiées. Aldrin portraituré par Armstrong, ce dernier saluant solennellement le drapeau américain ou la trace laissée par l'un des deux astronautes, on verra plus tard lequel, sur le sol poussiéreux de la Lune ont battu tous les records de réédition. Dès les missions Gemini, les équipages qui furent intensément entraînés au maniement des appareils photos et à la prise de vue, avaient une liste prédéfinie de photos à réaliser. Tout était listé, minuté, commandé. Aldrin déclara dernièrement : "Cessez de mythifier ce voyage (Apollo XI) ! Nous étions assistés, conseillés, pris en charge. Tout était planifié, contrôlé jusqu'au moindre détail"(23).
Depuis les vols Mercury les services photographiques de la N.A.S.A. devinrent de plus en plus compétents et l'équipement mieux adapté à l'espace ; matériaux non toxiques, fiabilité approchant la perfection, légèreté et maniabilité, il ne manquait qu'une légère pression sur le déclencheur pour produire une photo qui sera mondialement diffusée.

Du sens propre au sens figuré
Les deux autres photos commanditées en priorité par leurs employeurs furent l'empreinte du pas et le salut le drapeau américain. La première faisait partie de la liste prioritaire des photographies à réaliser et nous avons trouvé sa légende officielle: "Edwin Aldrin, astronaute de la mission Apollo XI photographie son pied et son empreinte sur le sol lunaire, photographie faisant partie de l'étude de la nature du sol lunaire et l'effet de la pression sur sa surface. La poussière se compacte facilement sous le poids de l'astronaute produisant un bas relief, copie parfaite des bottes. Cette particularité est caractéristique des matériaux fins et arides". Réalisée dans un but scientifique ; l'étude des caractéristiques du sol lunaire, cette photo a acquis depuis un autre niveau de compréhension, historiquement erroné puisque ce n'est pas le premier pas, passant du sens propre au sens figuré. Elle fut, relativement moins publiée que les autres photographies, parce qu'il y avait un travail mental à faire pour la comprendre et ne pouvait donc pas devenir universellement diffusée.

La théorie de la conspiration (Moon Hoax)
Bill Kaysing un des premiers à avoir émis l'éventualité que "nous ne sommes pas allés sur la Lune", est diplômé de littérature anglaise, il travailla à la Rocketdyne, société de construction de fusées, à partir de 1956 comme public relation, on ne sait pas pourquoi il fut licencié en 1963. Cela ne l'a pas empêché de se présenter en tant que " technicien qui a travaillé dans une firme de construction de moteurs de fusée pour la N.A.S.A". Son livre "Did we go to the moon" fourmillent d'accusations les unes plus farfelues que les autres. Et si ce n’était que cinéma
L’une d’elles, reprise depuis par bon nombre de ses adeptes, est celle qui accuse Arthur C. Clarke, auteur de livres d'anticipations dont « 2001, Odyssée de l'espace » d'être le scénariste de la mission Apollo XI. En apprenant ce que Kaysing a prétendu Arthur C. Clarke s'empressa d'écrire aux dirigeants de la N.A.S.A.: "Chers messieurs, en examinant mes comptes, j'ai constaté que je n'ai jamais reçu de payement de mon travail. Veuillez s'il vous plaît étudier promptement ce cas. Sinon vous auriez à faire à mon avocat !!!".
La trame du film “Capricorne One”(24) avait rendu perplexe plus d’un à propos de l’aventure lunaire...La seule preuve qui atteste que l’homme est allé sur la Lune n’est-elle pas uniquement réduite aux photos rapportées ? Images aisément réalisables sur terre, moyennant décors et effets spéciaux ? Hollywood ou un autre studio de cinéma ne sera-t-il pas capable de mettre en scène la mission Apollo XI dans ces moindres détails, au point de nous faire prendre la fiction pour la réalité. La preuve par la photo ou par l'image est le défi constamment relevé par cette invention qui a vu le jour (ou la lumière) au début du XIXe siècle et qui depuis doit mener un rude combat, celui de l'objectivité.

L'homme a-t-il marché sur la Lune ?
Car il suffit qu'une photo mente pour que le doute s'installe et que tout déclenchement couvre le geste manipulateur du pinceau ou de l'ordinateur…et si on sait que les premiers trucages ont été réalisés en 1871 pendant la Commune de Paris et que la supercherie n'a été découverte que récemment (25), on peut saisir le désarroi d'un individu devant une photographie prétendue être prise sur la Lune. Si une manipulation a été commise avec les moyens techniques de 1969 quand est ce que nous nous rendrions compte du méfait ?
Ces photographies sont-elles une preuve incontestable ? Au fait n'avez-vous pas remarqué que l'ombre d'Aldrin sur le sol est inclinée, alors que celle reflétée par sa visière est droite ! Comment un drapeau peut-il flotter en l'absence d'air. Des groupes de discussion et des sites Internet dont le sujet est "On n'est pas allé sur la Lune" sont une mine de renseignements. Réalisés et consultés par des amateurs de gros canulars, des sceptiques maladifs et des collectionneurs de faits inexpliqués, d'autres groupements pensent que les Américains sont bien allés sur la Lune mais qu'ils cachent quelque chose. Le fait qu'il y ait une conspiration est à leurs yeux plus scandaleux que ce qui est caché.
Mais il y a de quoi s'interroger quand un texte a été ajouté à la loi américaine : le ET exposure Law titre 14 section 1211 du Code de règlement fédéral stipule qu’il est " prohibé tout contact avec des extraterrestres ou leur engin. Le contrevenant est passible d'une amende de 5000 dollars et d'un an d'emprisonnement. Le directeur de la N.A.SA. est habilité à le placer en quarantaine sous garde armée sans possibilité de recours juridique ". Ce texte fut émis en juillet 1969. Cette loi surprenante fut justifiée par la N.A.S.A. par une douteuse ou maladroite argumentation scientifique ; " il faut protéger les échantillons de roches Lunaires"(26). Ce texte ajouté à sa justification peut donner à réfléchir ou prêter à sourire, selon que l’“on croit” ou que l’“on ne croit pas”.

Images truquées et conversations secrètes
Quelques présomptions formulée par les sceptiques peuvent paraître fondées d'autres sont farfelues. L'auteur du site photovni (27), qui a pris la peine de décortiquer toutes les photographies des missions lunaires ; a déniché quelques anomalies. Une empreinte de pas isolée l’a poussé à s'interroger : "(Pour quelle) obscure raison auraient-ils effacé une partie de leurs empreintes de pas en oubliant celle-ci ?" Il ajoute plus loin : "La question posée par nos soins à la N.A.S.A. est jusqu'à ce jour restée sans réponse". Ailleurs il repère des câbles électriques qui seraient selon lui une partie du décor lunaire reconstitué pour les besoins de la superproduction dirigée par Stanley Kubrick. Si les photographies sont suspectes que dire des conversations entre l'équipage et la base terrestre de Houston. L'auteur donne comme exemple celui-ci pendant la mission Apollo XI :

Astronaute 1: Ha! Qu'est ce que c'est ?
Astronaute 2: Est-ce qu'on a une explication pour ça ?
Houston: Nous n'en avons aucune, ne vous inquiétez pas, continuez votre mission
Astronaute 1: Oh les gars ! C'est, c'est, ce, quelque chose de réellement fantastique, vous ne pourrez jamais
imaginer ça !
Houston: Reçu, nous sommes au courant de cela, pouvez vous aller dans une autre direction, retournez dans une autre direction.
Astronaute 1: C'est une sorte de... (brouillé ha, vraiment spectaculaire...... Dieu... qu'est ce que c'est que cela ?
Astronaute 1: C'est... brouillé, diable !Qu'est-ce que c'est que ça ?
Houston: Allez sur Tango, Tango!
Astronaute 1: Ha ! Il y a une sorte de lumière ici maintenant !
Houston : Reçu, nous la voyons, coupez la communication, Bravo Tango, Bravo Tango, choisissez Jezebel, Jezebel !
Astronaute 1: .....oui, ha!.. Mais c'est incroyable !"


Qu'es ce qu'ils ont vu ?

Les transcriptions des conversations(28) entre les équipages et Houston sont consultables sur les sites de la N.A.S.A. . J’y suis allé voir, tous sont là sauf celle-là. A-t-elle été escamotée ?…A-t-elle vraiment existé ? Pour quelles raisons parlons-nous de conversations radio dans un texte qui traite de la photographie ? C. Caujolle avait déclaré que si la photographie ne mentait pas elle ne saurait pas pour autant dire la vérité. Il existe probablement, depuis l'invention de la photographie, un paradigme entre la vraisemblance et la photographie. Canular et absence de photographies sont des corollaires.



Excellent astronautes... mais piètre photographes !

Si les tenants de la théorie de la conspiration ont décortiqué toutes les photographies, lu les documents écrits et écouté les messages audio essayant d'y voir la moindre anomalie ils ont manqué de clairvoyance en laissant passer ce qui était à portée de main. En effet les Hasselblad emportés dans l'espace sont munis comme en l'avait vu plus haut d'une plaque réticulée afin de calibrer les photographies. Le tirage d'un cliché réalisé avec ces appareils comportera des croix noires qui sont un indice nous renseignant sur la qualité et l'intégrité du cadrage initiale. Nous avons repris à la source, les sites de la N.A.S.A., les photographies réalisées lors de la mission Apollo XI et nous avons constaté qu'aucune n'est tirée en plein cadre.
Un grand nombre d'entre elles sont non seulement recadrées mais aussi pivotées. Ce constat est tout à fait normal si on prend en considération le fait que les appareils sont parfois fixés sur la poitrine de l'astronaute, et même s'ils sont tenus à hauteur des yeux le viseur utilisé ne permettait pas un cadrage précis.
Les images en question sont tout simplement ratées, ce qui arrive même aux très bons photographes. Les planches contacts des meilleures photographes renferment des prises de vues mal cadrées, mal composées ou réalisées involontairement. Le déclencheur surdimensionné d'un Hasselblad est beaucoup plus sujet à des prise de vues intempestives qu'un déclencheur normal. Les appareils photos emportés dans l'espace étant motorisés, il suffisait d'appuyer une seule fois sur le déclencheur pour réaliser une série de photographies, dont le nombre dépendait de la cadence choisie. On pouvait obtenir cinq photographies en une seconde !

Ces circonstances atténuantes justifient-elles le fait que seules 4% des photographies réalisées lors de la mission Apollo XI furent publiées ? Ce pourcentage étant en plus le plus élevé enregistré au cours des différentes missions Apollo ? Ce qui fait que des 17000 photos réalisées sur la Lune, lors des six expéditions lunaires, nous n'avons vu que 680 seulement ! Nous ignorons pourquoi la N.A.S.A. garde dans ses archives 16320 photos qui demeurent, depuis bientôt un quart de siècle inédites. Sont-elles si mauvaises que les experts, dont nous avons vu plus haut une illustration de leur compétence, n'ont rien pu y faire pour les rendre publiables ? Le constat paraît encore plus affligeant si on prend en compte le fait que ces astronautes avaient lu un manuel très complet et ont suivi probablement des heures d'apprentissage. Même au cours de leur promenade lunaire, les astronautes ont reçu des consignes techniques depuis la terre; nous avons relevé la recommandation suivante : " Buzz, this is Houston. f/2 - 1/160th second for shadow photography on the sequence camera". Peut-on penser qu'ils n'étaient pas devenus pour autant d'excellents photographes ? Le photographe Dean Conger qui fut mandaté par le Nationale Geographic Society pour mettre en place le volet photographique de la mission a révèle que : " les astronautes n'étaient pas tous intéressés par la photographie...Ils avaient autres choses en tête" (29).


Douze hommes qui ne sont pas en colère !

Aujourd'hui la Lune n'est pas complètement déserte, énormément de matériel gît encore sur sa surface, y compris les douze appareils photos, qu'on avait préalablement déchargé, et qu'on avait laissé là en signe de passage. Peut-être en contrepartie des 382 kilos de roches lunaires ramenées. Le dernier Hasselbld a été abandonné solennellement par Gene Cernan le 14 décembre 1972, dernier passage de terrien sur la Lune. Pendant les 257 heures de promenade lunaire 17000 photos ont été réalisées par douze photographes.
C'est à partir du XVIIe siècle que l'on a commencé à donner des noms aux différents reliefs de la Lune. Hevelius, Riccioli et Grimaldi furent, tour à tour officiers d'état civil de la Lune. La Lune, on le sait depuis Galilée, est constituée de cratères, de mers (même si elles sont tristement sèches), et de montagnes. Ces astronomes se sont convenus tacitement de donner aux mers des noms de qualités humaines ou de phénomènes météorologiques (Mare Serenitatis, Mare Vaporum, Mar tranquilitas...), aux montagnes des noms de grands massifs terrestres (Montes Carpatus, Montes Apenninus...) et les cratères des noms de savants, d'artistes, de philosophes, et d'écrivains décédés (Copernicus, Ptolemaeus, Alhazani...). cette règle fut mise à mal dans les années cinquante quand les soviétiques ont visité, par l'intermédiaire de la sonde Luna X, la face cachée de la Lune. Ils ont dressé une liste “soviétique” des reliefs jamais vu auparavant. L'Union Internationale de l'Astronomie à décider de normaliser les légendes de l'atlas lunaire et de distribuer les noms à pourvoir équitablement.
En hommage aux explorateurs venus de la terre, douze dérogations furent permises à titre exceptionnel pour des personnes encore en vie. Douze formations géologiques ont été baptisées par les noms des astronautes qui ont foulé le sol lunaire. Liste des formations baptisées par ordre d'apparition des astronautes : Neil Armstrong, Edwin Aldrin, C. Conrad, Alan Bean, Alan Shepard, E. D. Mitchell, D. Scott, J. Irwin, J. W. Young, C. Duke, H. Schmitt et E. Cernan.


Hamideddine Bouali
20 juillet 1969

Notes et Bibliographie
1. ROBIN Marie Dominique, “Les cent photos du siècle”, édition du Chêne, 2000.
2. MONICAULT Frédéric, “Une odyssée en trois actes”, in Historia N° 641 mai 2000- page 57
3. MONICAULT Frédéric, Une odyssée en trois actes, in Historia N° 641 mai 2000- page 58
4. site www.hq.nasa.gov/office/pao/History/alsj/apollo.photechnqs.htm
5. “Hasselblad teste sa robustesse”, in Photo-ciné-revue, Mars 1978 page
6. Site www.hasselblad.se/company/HBSpaceFirst.asp
7. AZAR Alexis, Service des publics, Musée Nicéphore Niépce
8. Photo-ciné-revue, octobre 1969 - page 436
9. “Photographie spatiale”, L'Officiel N° 172, mai 1969-page 228
10. “Photographie spatiale”, L'Officiel N° 172, mai 1969-page 232
11. “Toute la technique du monde au service de trois amateurs”, in Photo N° 19 avril 1969 - page 80
12. “Photography Equipement and Techniques, the latente image”, Appendix A - Page 133
13. KOHLER Pierre, “Derrière l'étoffe des héros”, in Historia N° 641, mai 2000 - page 74
14. “Shooting for the star”, in National Geographic, Vol 195, N°6 juin 1999
15. Site http://history.nasa.gov/alsj/a11/a11transcript_tec.html
16. UBOLDI Raffaello, “Una Porta sull'infinito”, interview de N. Armstrong, in Radiocorriere TV du 24-31 mars 1985 - page 33
17. Plaquette éditée par la NASA au retour de la mission Apollo XI, page 12
18. MONICAULT Frédéric, “Une odyssée en trois actes”, in Historia N° 641 mai 2000- page 60
19. THUAN Trinh Xuan, “Mouvements dans le cosmos”, in Science et Avenir spécial 2000, janvier 2000- P 24.
20. UBOLDI Raffaello, “Una Porta sull'infinito”, interview de N. Armstrong, in Radiocorriere TV du 24-31 mars 1985 - page 30.
21. Site http://history.nasa.gov/alsj/a11/a11transcript_tec.html
22. COJEAN Annick, “L'Homme sur la Lune”, in Le Monde samedi 23 août 1997 page 9
23. Idem
24 . Capricorne One, film réalisé en 1978 par Peter Hyams
25. RISS Françoise, “La Commune : déjà les trucages”, in Photo revue N° 12, déc./jan. 1983. P 20-21.
26. QUESTER Séméon Natascha, “Les aliens à l'assaut de l'écran” in Sciences et Avenir - juillet 1997, P 99
27. Site www.photovni.free.fr/anomalie%209/
28. Site http://history.nasa.gov/alsj/a11/a11transcript_tec.html
29. “Behind the scenes”, in National Geographic, Vol 195, N°6 juin 1999.
(*). Pendant la célébration, aujourd’hui 20 juillet 2009, du quarantième anniversaire d’Apollo XI au Musée de l’Air et de l’espace de Washington, les trois héros se sont de nouveau rencontrés pour la première fois depuis Juillet 1969.

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dimanche 12 juillet 2009

Chronique de la Lune

La Pleine Lune


Rencontres et moments inoubliables au fort Lazaret. Photographie Akram Belaid

C’est dur de quitter les lieux en dernier. Tout comme les historiens qui parlent après tous les autres (1), les organisateurs, eux aussi, sont, de par leurs responsabilités, les premiers sur place et ceux qui gardent la clef après que tous les autres soient partis.
Alors, avoir été vice-président de cette 7e édition des Rencontres et devoir raconter ce qui s’est passé sur ce blog - devenu de facto son site dans le web - me donnent un honneur doublé d’une mission.

De la planète Ghar el Melh à la Lune

Dans les prochains jours on célébrera le quarantième anniversaire de la mission Apollo XI qui permit aux premiers humains de marcher sur la lune, cette chronique fêtera cet événement à sa manière puisque les quatre parties la constituant porteront les noms des phases lunaires.
Evoquons d’abord le visuel qui fit l’unanimité sur son originalité due à la maitrise des symboliques des Rencontres que l’artiste-poète Samir Makhlouf a su résumer, mettre en valeur puis agréablement dessiner. L’affiche ainsi que le catalogue, dont la logique
suit logiquement le visuel, ont été eux aussi plaisamment accueilli.

Mohamed Bennani montrant à Sami Frikha comment Ghar el Melh tourne au gré des pages du catalogue. Photographie Cynthia Cappe


Le catalogue possède une particularité amusante ; feuilleter les pages en regardant les pages paires vous donne l’illusion que la planète Ghar el Melh - disposée sur la marge gauche – tourne sur elle même. Un peu de magie et d’amusement, dans un monde triste et qui se prend trop au sérieux, n’est ce pas ce qui nous manque le plus de nos jours ?

Des expositions lumineuses
La 7e édition des Rencontres, malgré la crise économ
ique qui se fit sentir dans le nombre et la taille des œuvres présentées mais pas dans la quantité des dossiers déposés, ne manqua pas d’enregistrer des faits exceptionnels, entendez par là inhabituels. Parfois l’exception n’est qu’un fait remarquable d’autres fois elle est un superlatif.

L’agréable surprise est venue de la jeune génération de photographes tunisiens. Forte exposition de Douraid Souissi, impossible d'en sortir amnésique. Ses portraits crachent le feu et prennent définitivement place dans la mémoire du visiteur. Il a énormément évolué depuis 2007, d’une promesse il est devenu une valeur sûre de la photographie en Tunisie. Son noir et blanc est majestueux à l’image de la photographie américaine de même nature qu’il a longtemps côtoyée lorsqu’il y poursuivait là-bas ses études.

Photographie Douraid Souissi

Familier des concepts philosophiques, Douraid Souissi, sans peut-être le chercher ou le penser particulièrement, a dressé des portraits sentant le vivant. L’odeur, le souffle, l’aura de ces personnages sont bien là, mis en cage entre le tirage et la vitre. En photographie cela est plus qu’un compliment.
Les murs du Fort lazaret sont aussi beaux que chargés d’histoires, la grande, celle de la Tunisie quand ses corsaires régnaient en maitres sur la Méditerranée, et la petite, faite des gémissements des bagnards - dont les anneaux du supplice - sont encore là. C’est peut-être cette raison qui fait qu’à chaque édition les photographes et le bénévoles de Ghar el Melh suent sang et eau afin de mettre en place les expositions.
Pendant deux jours on pouvait croiser Wejdene Jerbi, jeune exposante sans être débutante, en train de chercher la meilleure manière de disposer son œuvre constituée d’une douzaine de photographies en noir et blanc représentant des poissons à l’état de fossile.

Photographie Wejdene Jerbi

Elle cogita pendant une journée entière et laissa sa mosaïque à même le sol afin de l’accrocher le lendemain. Imperceptiblement de microscopiques cristaux de sel sont venus se déposer sur ses tirages numériques, rongeant une partie des noires. Revanche de l’argentique fait de sels de bromure d’argent ou retour de son sujet à un des constituants de son milieu naturel ? Et si c’était Ghar el Melh ( la grotte de sel en arabe) elle même qui consigne cette œuvre en la cosignant ?

Ons Ghimagi, qui parait encore plus jeune qu’elle ne l’est en réalité, à cause de son allure aérienne et son regard plein de curiosité, possède le panache que l’on acquiert après des années de pratique.

Photographie Ons Ghimagi

Ses photographies mystérieuses, opaques et hypersensibles hypnotisent littéralement. Avec un regard primitif, sans être sommaire, et une distancée vision du monde, Ons Ghimagi réussie la performance de faire oublier la technique utilisée, rendant impossible la datation de ses photographies. Ni la manière de faire ni le dispositif utilisé ne peuvent marquer les images qu’elle expose. Ses photographies me rappellent les masques africains : une mise en forme de l’essentiel et de l’infini. Alors qu’Ons Ghimagi accrochait dans cette magnifique salle du fort Lazaret, la seule disposant de colonnes, son exposition et s’apprêtait de bonne grâce, ce 30 juin 2009, à disposer les œuvres de Lucie&Simon, la 38e Bourse du Talent qui s’est tenue dans les locaux de Nikon à Paris annonçait ses résultats.
Cette année la bourse Nikon réservée au thème du portrait fut unanimement octroyée au couple Lucie&Simon pour la série « Scène de vie » exposée cette année à Ghar el Melh. « Le jury, unanime, a salué leur maîtrise, leur travail accompli et abouti. Les codes changent, toutes les prises de vue viennent du haut. Sortir du point de vue frontal pour basculer notre vision et adopter une autre vision, globale et fascinante. Chacun a souligné le caractère inédit de cette série, son originalité ainsi que le travail esthétique de chaque mise en scène. Des scènes de vie, à la composition travaillée et qui offre à l’œil une diversité de détails tous essentiels à l’accord et l’équilibre de l’image ».

Scene of life 9 © Lucie & Simon / Lauréats Bourse du Talent # 38

Excellent choix donc de Natalia Jaskula, commissaire aux expositions internationales de cette édition et codirecteur artistique, qui encore une fois s’avère un fin connaisseur de la photographie contemporaine. Le public des Rencontres lui aussi jugea cette exposition remarquable, pas dans le sens d’exception, mais dans celui d’une inédite et sublime vision du monde.

Autre exposition applaudie par tous les visiteurs, est celle des œuvres de Gilbert Van Raepenbusch. Ce photographe industriel, publicitaire et scientifique (selon sa carte de visite) honora les contrats avec les institutions privées et publiques depuis les années cinquante jusqu’à la fin des années soixante dix. Accrochée dans une salle à sa juste mesure, cette exposition sobre par l’élégance de sa tenue fit sensation surtout auprès des photographes. La photographie de Van Raepenbusch est faite d’un noir et blanc sans fioriture ni fantaisie, juste une transposition de valeurs. Un cadrage au scalpel, une horizontalité au niveau d’eau et une symétrie géométrique font de ces images une stricte et méthodique application des règles techniques.

Compagnie tunisienne d'électricité et de transport, salle des commandes, Sidi Fathallah, juin 1956
Photographie Gilbert Van Raepenbusch. Fonds Beit el Bennani

Certains n’apprécient pas tant de minutie. Selon eux un tel aboutissement technique dénature complètement la vision des choses, il gomme ce qui est de l’ordre de l’humain : l’imperfection. Si l’œuvre est impeccable elle ne peut être que le produit direct du dispositif photographique. Les photographies de Van Raepenbush ont été réalisées dans l’inte
ntion d’obéir à une injonction simple : représenter, une supposé banale, réalité. Aujourd’hui elles changent de registres par le fait même qu’elles sont accrochées dans une salle d’exposition. Ces photographie nous rappellent l'École de Düsseldorf, dont les Becher furent les portes-drapeaux.
Un des nombreux paradoxes de n’importe quelle photographie est qu’elle ne se plie jamais à une classification unique ou définitive. Les photographies de Van Raepenbush, appartenant aux fonds de Beit el Bennani sont un bel exemple de ce paradoxe.

Un workshop éclairant
Un workshop sur « Comment et quoi exposer » fut organisé en présence d’une assistance composée essentiellement de photographes, dont quelques uns, n’exposant pas lors de cette édition, sont venus spécialement pour l’occasion.


Natalia Jaskula animant le Workshop. Photo AAC

En introduction à cette animation, je pris la parole pour montrer le rôle - devenu aujourd’hui incontournable - du commissaire d’exposition. Son travail, prospection des jeunes photographes ou conseils pour les photographes confirmés, est reconnu comme produit intellectuel, appelé à être protégé par des textes de loi. Une exposition des œuvres d’un photographe accompagné par le travail du commissaire d’exposition (texte de présentation, choix des œuvres, promotion…) est assimilable à un travail collectif comme la réalisation d’une pièce de théâtre ou d’un film, justification de l’importance de ses choix ainsi que la plu value artistique qu’il génère.

Dans un second temps, d’un corpus constitué d’une quarantaine de photographies de Kais Ben Farhat, Natalia Jaskula, en collaboration des présents, montra comment choisir un ensemble cohérent et homogène pouvant constituer une communauté de goût. L’exercice fort constructif a permis de dégager une dizaine de photographies qui semblaient être pensées dès leur prise dans l’intention de les exposer ensemble, alors qu’elles furent réalisées à des moments et dans des lieux différents sans l’intention de les regrouper. L’esprit d’une exposition venait d’être clairement démontré.

Des diaporamas scintillants et un film flamboyant
Parler de photographies est une activité particuliere. Deux possibilités se présentent, soi on raconte ce que la photographie ne montre pas soi on formule ce que l’on pense ou ressens à sa vision. Je demeure convaincu, évidemment vues mes occupations d’enseignant et de critique, que la petite histoire de chaque photographie est d’une grande utilité non pas pour mieux l’apprécier mais pour y voir plus clair. Yoann Cimier, dont les paysages tunisiens inspirent une pratique photographique généreuse, se plie volontairement à l’exercice de lecture. Ces propres photographies ainsi que celle des autres sont pour lui une manne à exploiter, leur contenu mais surtout leur charge émotionnelle doivent être longuement défrichés.

Miami-Marseille (pourtant réalisée à la plage de Raoued à quelques kms de Tunis). Photo Yoann Cimier

A la question « comment voit-on la vie ? » les bons photographes avancent leur réponse à visage découvert et s’ils se voilent la face c’est un signe d’inexpérience de la vie ou une chancelante pratique de la photographie. Yoann Cimier signe des photographies à regarder et non à comprendre, mais lorsqu’il prend la parole, il s’avère en plus un précieux pédagogue, tentant de comprendre ce que les autres font. Un photographe engagé dans sa pratique gagne à être à la fois faiseur d’images et lecteur de celles réalisées par les autres.
Pendant cette même soirée de diaporamas, une dizaine de portraits de Marilyn Monroe signés par une pléiade de grands photographes a permis de mettre en pratique les deux modes de lectures d’une photographie. Un grand nombre de portraits de Marylin Monroe furent réalisé pendant le tournage du film de John Huston "The Misfits" (Les désaxés ). Ce tragique tournage, puisque la plupart des protagonistes furent décimé l’un à la suite de l’autre en l’espace d’une année, nous fournis un éclairage particulier afin de mieux lire les photographies.

Photographie de Cornell Capa pendant le tournage d'une scène du film de John Huston "The Misfits". 1962

« La Jetée » de Chris Marker projetée pour une vingtaine de spectateurs silencieux et à l’écoute de la voix envoûtante du narrateur fut un grand moment de cette 7e édition. Gael Coto, parfait en animateur de ciné-club a présenté le film-album photo pour ceux qui le connaissaient déjà ainsi que pour ceux qui le découvrent. Les uns ont davantage apprécié les autres surpris et confus d’avoir longtemps raté ce chef-d’œuvre que se disputent le cinéma et la photographie. « La Jetée » est l’histoire d’une histoire (non ce n’est pas une répétition) d’amour avec le temps, c’est ce que j’ai compris, et vous ?

Vision redondante du film de Chris Marker "La jetée" réalisé en 1962

Des liens de feux
Cette année plus que les autres , un souffle de jeunesse a aéré les Rencontres. Tout a changé par rapport aux autres éditions. La nature des débats qui ont eu lieu sous le ciel étoilé à la plage de Sidi Ali El Mekki, les promenades le jour levant entre la plage et le village, même la succulente citronnade à la vanille de l’année dernière fut détrônée par un exquis jus de fraise.
Il se pourrait que rien n’ait changé et que ce soit bien moi qui ai accusé le poids des mois depuis la 6e édition.
L’esprit de groupe que les Rencontres ont crée cette année est remarquable. Une grande complicité est née entre cette jeune génération de tunisiens, qui a beaucoup de chose à dire et à montrer. De jeunes gens, à l’optimisme contagieux, qui s’amusent comme des gosses et prennent le temps de vivre. Ils connaissent et assument leur responsabilité de futurs décideurs. Demain, ils seront enseignants, commissaires d’expo, critiques, vice-présidents de manifestations de photographie en plus d’être photographes.
J’ai vu une solidarité se forger, des amitiés se nouer, des projets se dessiner. Les Rencontres même si la présente édition ne fut pas exceptionnelles elle permit la naissance, ou du moins, la concrétisation d’une idée de la jeunesse que je n’ai pas l’habitude de rencontrer. Au lendemain des Rencontres, Facebook a vu une animation particulière ; les demandes d’ajout d’amis, les albums photos sur Ghar el Melh ont proliféré.

Marwen Trabelsi, Heithem Chebbi et Anis Fellah. Photographie Akram Belaid

Akram Belaid sur face book m’écrit le lendemain de la clôture des Rencontres : « On y retourne ! Je ne supporte plus Tunis », Romain Leblanc quant à lui pense que : « Beaucoup de festivals photo se nomment "les rencontres", celui ci me parait être le plus légitime dans son engagement et dans son ambition de créer des liens », Kais Ben Farhat : « Ghar el Melh : une belle rencontre...de belles rencontres. Je t'en prie Hamid on remet ça l'année prochaine».
Au vu de tout ce qui précède, cette miraculée édition, comme le dit si bien Olfa Belhassine, a déjà largement rempli son contrat.

(à suivre)


Hamideddine Bouali
13 juillet 2009



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vendredi 10 juillet 2009

Chronique anti datée

Temps mieux


Ce n'est, bien évidemment pas, une faute de frappe. Toute langue possède sa logique propre et celui qui la pratique s'en imprègne sans qu'il s'en rende compte, pensant avec elle ou obéissant à ses subtilités. Je ne parle pas ici de rhétorique ou de toute autre spécialité dont je n'ai pas la compétence, mais d'un fait qui m'a toujours interloqué.

Le mot " temps " - surtout pour nous gens de la photographie - possède beaucoup plus qu'une seule signification.

Qui mieux que le photographe peut associer l'état du ciel, le moment et la durée en un seul mot : Le temps ? Le temps qu'il fait, le temps de déclencher et le temps de pose. Ce ne sont pas des élucubrations de photographes presque à la retraite, ou d'un chroniquer en manque d'inspiration, mais il se trouve que les premiers vulgarisateurs de la photographie ont bien vue d'associer l'état du ciel avec la quantité nécessaire pour une correcte exposition de la surface sensible. Parce que la plupart du temps (!), cela coulait de source. Temps ensoleillé et ciel bleu : 1/125e de seconde et diaphragme fermé à f 16, on connait la chanson.

Les modes d'emploi des roll film n'avait pas besoin d'être traduit, des pictogrammes, souvent sur l'emballage même, donnaient les consignes d'utilisation. Mais souvent, il pleut des cordes alors que le soleil brille déjà ou encore. Chez nous cela arrive si souvent qu'à ce phénomène on a donné un nom : Errs edhib (le mariage du loup). Allez savoir pourquoi ? Et puis que de journées nuageuses peuvent donner des clartés insoupçonnées ! La lumière du jour est capricieuse, les photographes expérimentés ne se fient qu'à leur expérience et ne se remettent que prudemment au jugement de la cellule photoélectrique de leur dispositif photographique. Ce n'est pas une question d'œil absolu ou d'expérience mais d'une sensation épidermique des lux (ce n'est pas une coquille mais l'unité de mesure de l'éclairement lumineux). D'autre part que de photographes, surtout en début de pratique, refusent de sortir photographier à cause du mauvais temps, la crainte de mouiller leur précieux appareil photo n' étant pas la seule cause de ce contretemps. Avec les surfaces faiblement sensibles on risque de se voir obligé de régler l'obturateur de l'appareil photo sur des durées assez longues risquant de donner une image bougée.

La question " Est-il temps de déclencher ?" qu'aucun photographe ne se pose tant elle le préoccupe, le guide, l'obsède, concentre toute la tension de l'acte photographique. Les moments décisifs ou anodins, les synchronisations et les coïncidences, les mouvements suspendus et les temps congelés ne sont que quelques unes des illustrations possibles de cette cruciale décision. Demain ne sera fait que de ce que les photographes ont décidé de retenir.

La lumière crépusculaire de Ghar el Melh est - de l'avis de tous les photographes venus pour ses Rencontres - chaleureuse sans être violente. Elle vous enveloppe divinement. Qu'ils soient venus d'Australie, de Pologne, de France, du Liban, de Palestine, de l'Arabie Saoudite, de Malte, de Grèce, de Libye, de Belgique ou de Tunisie, ils s'accordent à dire qu'à Ghar el Melh, et particulièrement dans ce chemin de rotonde du fort Lazaret, les rayons du soleil viennent calmement se coucher dans un sublime berceau. Un curieux silence accompagne ce magnifique moment ; Personne ne serait capable de trouver les mots pour décrire cet instant sublime ? Même un Leica, connu pour sa discrétion légendaire, serait de trop. Alors vivons heureux ensemble !!! La photographie n’étant, en y pensant bien, qu’un admirable alibi.

.

Hamideddine Bouali
Vice-président des Rencontres
Texte de présentation du catalogue
des 7e Rencontres Internationales
de la Photographie de Ghar el Melh
1er au 5 juillet 2009

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mardi 30 juin 2009

Programme de la 7e édition des Rencontres de Ghar el Melh

Les Rencontres Internationales
de la Photographie de Ghar el Melh

PROGRAMME DES ANIMATIONS LA 7e EDITION
Avec le soutien de l'Académie d'Art de Carthage



Mercredi 1 juillet
Fort Lazaret
09h à 12h

Ateliers pour enfant
Visite guidé des expositions
Photomontage

Travaux manuels
Ciné-club
avec Héjar, Rania, Rabaa, Salma, Ons, Marwen et Hamideddine

RadioGraphie avec Amal

16h à 18h
Animation tout public
Pixelmania avec Karim
Visite guidée
Rédaction du Corsaire
RadioGraphie avec Amal

20h à 22h

Diner de bienvenu
Présentation des photographes, de l’équipe d’animation et du comité d’organisation

00h à 02h

Après minuit
Plage de Sidi Ali el Mekki

Rencontre informelle avec les photographes.

Jeudi 2 juillet
Fort Lazaret
09h à 12h
Ateliers pour enfant
Visite guidé des expositions
Photomontage
Travaux manuels
Ciné-club
avec Héjar, Rania, Rabaa, Salma, Marwen, Ons et Hamid
RadioGraphie avec Amal

09h à 12h et de 15h à 18h

Workshop « Comment et quoi exposer »

Les Rencontres Internationales de la Photographie de Ghar el Melh, organise lors de la 7e édition un workshop pour les photographes participants ou non à la présente édition. Il est souvent difficile de choisir parmi ses photographies celles qui pourraient constituer un ensemble cohérent. Il ne s’agit pas seulement d’une question de thématique commune ou d’une même technique, mais de la recherche d’une harmonie. Le corpus de photographies constitué serait représentatif du travail réalisé et susceptible de devenir une exposition. Les participants peuvent venir accompagné d’un porte-folio ; sous forme de tirages photo de lecture, de CD, ou de présentation sur ordinateur portable personnel.
Direction : Natalia Jaskula (commissaire aux expositions internationales et photographe).
Coordination : Hamideddine Bouali (Critique photo, enseignant de photographie).
Inscription gratuite appelez Hamid 99 950978 pour réserver



16h à 18h
Animation pour adulte
Pixelmania avec Karim
Rédaction du Corsaire
RadioGraphie avec Amal

00h à 02h :
Après minuit
Plage de Sidi Ali el Mekki
rencontre informelle avec les photographes.

Vendredi 3 juillet
Fort Lazaret
09h à 12h

Ateliers pour enfant
Visite guidé des expositions
Photomontage

Travaux manuels
Ciné-club
avec Héjar, Rania, Rabaa, Salma, Marwen, Ons et Hamid
RadioGraphie avec Amal

16h à 18h

Animation tout public
Pixelmania avec Karim
Rédaction du Corsaire
RadioGraphie avec Amal

21h à minuit

Les Nocturnes, projection de diaporamas
Avant programme ; œuvres libres
Les leçons de photo avec la participation

de Yoan Cimier, Lucie&Simon,
Romain Leblanc, Natalia Jaskula,
Hamideddine Bouali, Stella Bolonaki


00h à 02h
Après minuit
Plage de Sidi Ali el Mekki
rencontre informelle avec les photographes.

Samedi 4 juillet
Fort Lazaret
09h à 12h
Ateliers pour enfant
Visite guidé des expositions
Photomontage

Travaux manuels
Ciné-club
avec Héjar, Rania, Rabaa, Salma, Marwen, Ons et Hamid
RadioGraphie avec Amal

16h à 18h

Animation tout public
Pixelmania avec Karim
Rédaction du Corsaire
RadioGraphie avec Amal

19h30

Cérémonie officielle

21h00
Retransmission en directe depuis Fort Lazaret d’un spécial photo sur Canal 21

00h à 02h
Après minuit
Plage de Sidi Ali el Mekki
rencontre informelle avec les photographes.


Dimanche 5 juillet
Fort Lazaret
09h à 12h
Ateliers pour enfant
Visite guidé des expositions
Photomontage

Travaux manuels
Ciné-club
avec Héjar, Rania, Rabaa, Salma, Marwen, Ons, Hamid
RadioGraphie avec Amal

16h à 18h

Animation tout public
Pixelmania avec Karim
Rédaction du Corsaire
RadioGraphie avec Amal

20h à minuit

Diner et Soirée d'adieu.


Pour de plus amples informations contactez Hamid 99 590578

Libellés : ,

lundi 22 juin 2009

Affiche de la 7e édition

7e Rencontres Internationales de la Photographie de Ghar el Melh
du 1er au 5 juillet 2009



..
Visuel Samir Malkhlouf, conception Hamideddine Bouali

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dimanche 21 juin 2009

Liste des photographes

7e Rencontres Internationales
de la Photographie de Ghar El Melh
1e - 5 Juillet 2009
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Liste des photographes

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Carte Blanche aux collectionneurs

Van Raepenbusch Gilbert (France/Tunisie)

Fonds Beit el Bennani

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Abdellatif Wassim (Tunisie)

Abid Ons (Tunisie)

Belaid Mohamed Akram (Tunisie)

Benzid Lilia (Tunisie)

Bolonaki Stella (Grèce)

Bonhomme Tatiana Margaux (France)

Bouali Hamideddine (Tunisie)

Cappe Cynhia (France)

Catzaras Marianne (Grèce/Tunisie)

Chebbi Mohamed Heithem (Tunisie)

Cimier Yoann (France/Tunisie)

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Exposition Collective

Atelier sans Titre (Tunisie)

Promotion AAC 2009 (Tunisie)

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Coto Gaël (France)

De la Mauvinière Sylvia (Belgique)

Dhahak Chahine (Tunisie)

Ghimagi Ons (Tunisie)

Harbi Mohamed Slim (Tunisie)

Jabeur Salah (Tunisie)

Jaskula Natalia (France/Pologne)

Jerbi Wejdene (Tunisie)

Jmal Siala Mouna (Tunisie)

Khéchine Abderrazak (Tunisie)

Leblanc Romain (France)

Lucie et Simon (France)

M’Rad Karim (Tunisie)

Souissi Douraid (Tunisie)

Trabelsi Marwan (Tunisie)

Wacowski Piotr (Pologne)

Libellés :

7e Rencontres Internationales de la Photographie de Ghar el Melh

7e Rencontres Internationales
de la Photographie de Ghar El Melh
1e - 5 Juillet 2009

PROGRAMME
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Les Rencontres Internationales de la Photographie de Ghar El Melh ne sont plus un événement, elles sont entrées dans les habitudes des Tunisiens, tout comme les festivals de Carthage, Kélibia ou Mahrès. L’indice le plus marquant étant le raccourci de l’appellation, si on va à Tabarka c’est pour écouter du jazz, à El Jem pour savourer des Symphonies, à Ghar el Melh c’est bien évidemment de photographie qu’il s’agit. Ghar el Melh, un majestueux fort, un paisible village, une magnifique plage…le guide serait incomplet sans Les Rencontres qui reviennent pour la septième année consécutive, battant le record de longévité pour une manifestation internationale, organisée en Tunisie, réservée exclusivement à la photographie.
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Les expositions
On pense toujours à remettre en question l’idée même d’exposer. Il faut dire que depuis le début du XXe siècle cela s’est toujours fait de la même manière. Une exposition c’est des photographies sobrement encadrées réparties selon une certaine logique dans une salle correctement éclairée. Les tentatives n’ont pas manqué de revoir cette tradition, mais on revient toujours à cette procédure séculaire car l’important pour regarder une photographie tient justement à ce face à face entre le spectateur et le photographe, celui-ci à travers son œuvre.
Cette année aussi on sera témoin d’une diversité des regards, une mise en valeur de l’imagination et une volonté manifeste d’imaginer un autre monde. Les possibilités du photographique sont cette année encore plus riches ; de la pratique systématique de la mise en scène, ou mise en vie, jusqu'au monde tel qu’il se présente, le public sera invité à se situer parmi ces possibilités. Cette année Fetart, association de promotion de la photographie contemporaine, siégeant à Paris, nous propose des expositions d’une grande classe pour notre plus grand plaisir.
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Carte blanche aux collectionneurs
Après les photographies de Mustapha Bouchoucha, de Victor Sebag, de Soler et de quelques anonymes nous continuons cette année la découverte des photographes qui ont rempli l’album photo de la Tunisie. Cette année Beit el Bennani nous propose de prendre connaissance du savoir faire d’un photographe de métier. La photographie de Gilbert Van Raepenbush, sobre, sans artifices inutiles, mais avec une grande rigueur dans la composition et le cadrage, est une leçon de technique photographique.
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Tables ronde et débat : "Controverses…encore"
(Hamideddine Bouali, critique et historien de la photographie)
L’exposition avait fait grand bruit à Lausanne en 2008, on en a parlé dans le catalogue des Rencontres de l’année dernière. Programmée de nouveau cette année à Paris, elle fut davantage appréciée et les organisateurs en ajoutant comme sous-titre : « Photographies à histoires », ont joué sur la polysémie du terme histoire. Un rappel visuel de ces photographies qui ont marqué l’histoire de la photographie mais qui ont été aussi l’objet de critiques, la plupart du temps virulentes, permettra à l’assistance de débattre des problèmes que la photographie a toujours trainés. La question est de savoir si cela fait partie intégrante de ce médium hors-norme ou alors d’un débat de société qui un jour sera définitivement dépassé ?
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Les Nocturnes
Des leçons de photographie seront l’occasion de voir et d’entendre comment les photographes parlent de leurs confrères. Les photographes invités ou choisis pour cette septième édition présenteront, à part leurs photographies, les œuvres de leurs collègues qu’ils aiment, qui les influencent ou qui leur ressemblent. Occasion d’assister à des conférences inédites, où les photographies exposées seront mieux appréciées car mises en parallèle avec les penchants de leur auteur.
D’autres photographes soumettront leurs œuvres à la critique et au débat en présence de connaisseurs. Rendez-vous unique pour se situer aujourd’hui dans le paysage photographique. Les Nocturnes, un porte-folio lumineux à ne surtout pas manquer.
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Atelier pour enfants et adultes
En matière de photographie les enfants de Ghar el Melh sont gâtés, nulle part ailleurs ils peuvent considérer une galerie d’exposition comme une aire de jeu à l’instar de se qui ce passe dans leur village. Alors nous avons décidé de les familiariser avec d’autres activités qui leur serviront à affiner davantage leurs gouts et leurs préférences. Ils se mettront au dessin, à la sculpture, à la réutilisation des déchets ménagers et à commenter le film qu’ils viennent de regarder. Cinq jours d’activités multidisciplinaires au lendemain de la fin de l’année scolaire, les enfants ne méritent-ils pas, tous, un tableau d’honneur pour leur créativité ?
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Le Corsaire : le journal des Rencontres et RadioGraphie
Le Corsaire, le journal des Rencontres se fera accompagner lors de cette édition par une radio, qui ne sera pas pirate. Le silence du fort sera bousculé par les ondes de cette radio locale, qui émettra ses programmes au profit des visiteurs. Le Corsaire et Radio-Graphie seront là pour donner des nouvelles, réaliser des entretiens, publier le bulletin météo afin qu’aux photographies nous ajouteront le son et l’écriture…
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Pixelmania
Karim est incollable sur le numérique ; la prise en main, l’entretien des appareils photos, le transfert des fichiers et leur amélioration sur les logiciels graphiques…Il a toujours un truc pour vous éviter le retour de votre matériel au service après-vente, la meilleure manière de vous rendre plus performant avec en prime ; des jeux de mots et un sourire renversant. Profitez c’est gratuit.

Workshop « Comment et quoi exposer ? »
Dirigé par Natalia Jaskula et coordonné par Hamideddine Bouali, ce workshop est destiné aux photographes participants ou non à la présente édition. Il est souvent difficile de choisir parmi ses photographies celles qui pourraient constituer un ensemble cohérent. Il ne s’agit pas seulement d’une question de thématique commune ou d’une même technique, mais de la recherche d’une harmonie. Le corpus de photographies constitué serait représentatif du travail réalisé et susceptible de devenir une exposition. Il serait souhaitable que les participants soient accompagnés d’un porte-folio ; sous forme de tirages photo de lecture, de CD, ou de présentation sur ordinateur portable personnel.
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Après minuit
D’une édition à une autre, il ne reste que les moments vécus, les impressions jalousement gardées, les souvenirs et le catalogue. Si le Catalogue est le support de chaque édition, répertoriant les photographes présents et les animations organisées, seules les évocations de cette ambiance unique de Ghar el Melh permettront de savoir ce que cette manifestation est en réalité. Après-minuit est un des rendez-vous les plus improbables qui soient. Aucun programme, aucun invité, aucune durée seule certitude : La plage de Sidi Ali el Mekki… Cela se fait tout seul et c’est féerique. Depuis quelques années ce volet surprenant du programme, où les gens des Rencontres se retrouvent, nous réservent des surprises qu’aucun metteur en scène ne peut prévoir…En fait Après-minuit c’est la magie de Ghar el Melh en cadeau.

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