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mardi 31 mai 2011

Chronique parisienne

Chronique parisienne

Je laisse un ciel nuageux à Tunis, pour aller à Paris où le temps est meilleur. Mais je n’aime pas Tunis pour l’azur de son ciel, ni pour l’odeur de sa Médina, où pour la douceur de son climat…J’aime Tunis comme on aime son visage. 



"Passage aérien", Aéroport d'Orly-Sud, Paris 24 mai 2011. Photographie Hamideddine Bouali




Ce 2011 a infligé un camouflet à tous les voyants et l’astrologie s’est encore une fois trompée. Nous n’en sommes encore qu’au premier tiers et les événements enregistrés sont d’une exceptionnelle ampleur. Après le temps des tyrans déchus, voici venu le temps des grands hommes, disons célébrité, anéantie au propre comme au figuré. A chaque Une des journaux, ce sont des millions de vies qui se trouvent chamboulées, les conséquences sont au moment où je rédige ces mots, en plein ciel, encore impossible à estimer.  Que va nous réserver l’été 2011 ?
Encore une fois c’est l’effet papillon qui prévaut. Quelles seront les conséquences d’un acte intime, accompli en privé lors d’un congé par un haut responsable sur le couffin de la ménagère espagnole ou grecque ? La théorie du chaos pourra y apporter une solution mais nous n’en voulons pas car le monde sera alors comme ces jeux vidéo à scenarii, où quoi que fera le joueur il ne pourra jamais sortir du cadre dans le quel le concepteur l’a circonscrit ! 

 

"Les Français", Rue de Rivoli, Paris 21 mai 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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Je me rappelle encore d’un roman étudié à l’université qui m’a bouleversé. Qu’a voulu dire Diderot en écrivant « Jacques le fataliste et son maitre » ? Sommes-nous des pantins ? Avons-nous prises sur notre présent et donc sur notre avenir ? A supposer que tous les éléments du présent soient connus, caractère des individus, température du sol, heure de passage des oies sauvages, nombre de cris du coq, poids d’une goutte de pluie….pourrait-on connaitre ce qui arrivera ? Même si un jour un supercalculateur puisse livrer après un temps X la prédiction pour un temps Y, tel que Y soit évidement supérieur ou égal à X, je ne voudrais absolument pas être mis au courant.  

 
"A la Cartier Bresson", Quai de Seine, Paris 21 mai 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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Hasard et Paris
Rare sont les métropoles qui ont été un rôle dans des films, sujets dans des romans, idée dans des poèmes autant que Paris. Pendant quatre jours j’ai été un peu Marcel Martin dans « La Traversée Paris » parcourant, contre la montre, une ville irréelle, entendu à chaque descente dans une bouche de métro Fernandel citer les stations aux noms particuliers : « …les Filles du calvaire », entrevu sur le Quai des Orfèvres le reflet d’un enjoliveur d’une voiture de la police ou du gang des tractions. Dans une vitrine de saint Germain des Près je vois le reflet d’Eugene Atget derrière son gros appareil photo en bois. Sur les quais de Seine je joue du coude avec Doisneau. Devant le parvis de Notre de Dame de Paris je me décale afin d’eviter d’avoir dans le champ la Bosse de Quasimodo. Sur le toit de l’Arc de Triomphe je photographie Esmeralda posant pour son Phébus. Aux abords du Louvre le visage de Belphégor à peine perçu derrière une gigantesque colonne, me glace d’effroi. Les chiens me font penser à Erwitt et les enfants à Cartier Bresson. A chaque passage d’un bus je cherche en vain L’abonné de la ligne U ! Sur les Champs Élysée la voix de De Gaulle résonne encore : « Paris brisée ! Paris martyrisée ! Mais Paris libérée ! » couvert par les vivats des spectateurs de la dernière étape du Tour de France.
Chargé par ces souvenirs, ma photographie se trouve cernée par des images et des sons qu’il est difficile de s’en libérer, d’ailleurs je n’essaie pas de le faire car je me sens comme un écolier dans une salle de classe décorée par des cartes du monde, des images de paysages et des phrases en lettres géantes.

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"Esméralda posant pour Phébus", toit de l'Arc de Triomphe, Paris 22 mai 2011. 
Photographie Hamideddine Bouali

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 A Paris, les photos se ramassent à la pelle en toute saison et les surprises jouent à cache cache aux coins de chaque rue. D’une manière impromptue je me trouve face à une réunion très Belle Epoque d’amoureux de la bicyclette, A coté de tambours de la première édition du « Festival éthique et solidaire », au milieu d’un marathon de dégustateurs de vins ou témoin d’un mariage sur le Pont des Arts…Difficile d’être mauvais photographe à Paris. 
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"Le Baiser du Pont des Arts",  Paris 23 mai 2011. Photographie Hamideddine Bouali


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Le Parvis de l’Hôtel de Ville, sur le lieu de l’exposition « Enfin libre » conçu par Michket Krifa, dont j’ai découvert la qualité de commissariat depuis les années Ghar el Melh, j’ai croisé des centaines de Tunisiens venus voir ce qu’ils ont manqué ! Là dans cette foule dense, j’aperçois un visage qui m’est familier, c’est Mr Jean Daniel, le célèbre éditorialiste du « Nouvel Obs », dont j’ai toujours admiré la sagesse des idées et l’élégance des mots. Je l’invite à regarder mes photos. Malgré sa fatigue et la chaleur il accepte de bon cœur semblant avouer « je ne suis jamais assez fatigué pour la Tunisie ». Je n’oublierai pas de si tôt son regard, un mélange de méditerranée et de Paris, m’écoutant avec une affection à peine cachée…son amour pour la Tunisie date d’avant ma naissance et il n’avouera jamais qu’il est pour quelque chose dans le sursaut qu’à connu la Tunisie ! Ces appels répétés aux hommes politiques, qui ne l’ont pas écouté, resteront dans l’histoire comme une prise de position désintéressée, courageuse et clairvoyante. 
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"Enfin libre", Parvis de l’Hôtel de Ville de Paris 21 mai 2011. Photographie Hamideddine Bouali



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Soiré cinéma avec Gael…
Gael Coto est un habitué de Ghar el Melh, et bien qu’il ne fût du voyage que pendant deux éditions, il n’a pas oublié une seconde de son séjour. Gael est un de ces incollables du cinéma. Il pourra vous citer la marque des « Parapluies de Cherbourg », la rue où habite Amélie Poulain, et les répliques des films de Truffaut qui ont été supprimées au montage…ou presque ! Il me fait découvrir pendant une longue nuit « spécial cinéma » deux films à ne pas manquer pour un photographe : « Yoyo » de Pierre Etaix, faussement « début du siècle » alors qu’il fut tourné en 1964 et le « Voyeur » un film de Michael Powell réalisé en 60 mais qui parait avoir été fait vingt ans plus tard. Une nuit particulière où le temps semble ne plus obéir à la flèche qui le porte. 


"Légoland", Bibliothèque François Mitterrand, Paris 24 mai 2011. 
Photographie Hamideddine Bouali

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Matinée photo avec Claude
Le lendemain, rendez-vous avec Claude Iverné, un autre ancien de Ghar el Melh. Une grande balade nous mena de l’hôtel de Ville de Paris à la Bibliothèque François Mitterrand. Lui muni de son Leica qui fait très parisien et moi avec mon inséparable Lumix sentant encore le lacrymogène de Tunis. Longeant les quais de la Seine, escaladant des escaliers en tout genre afin de réaliser une prise de vue devant un « Dégage » tagué sur la façade d’un vieil immeuble qui fait de la résistance, malgré les injonctions répétées de la Mairie. Le nom de la Tunisie deviendra-t-il symbole de résistance supplantant le mythique portrait du Che ? Dans ce quartier, qui semble avoir été construit en Légo, la maison de Claude Iverné fait figure de chaumière de conte d’Anderson. De l’extérieur le contraste est donc saisissant, dedans il l’est davantage car Claude Iverné est un des derniers photographes qui fait ses tirages lui-même. Dans sa cuisine, le placard qui aurait dû contenir de la vaisselle de Limoges, contient un laboratoire avec des produits de développement faits maison. Matinée très intense en compagnie d’un photographe qui a magistralement montré le Darfour ; sa photogénie et sa misère.
Les amis servent à faciliter les entrées. C’est Patrick Zachmann, photographe de Magnum qui a dirigé un workshop à Tunis en avril dernier qui me permit, à ma demande, une visite guidée de la prestigieuse agence. Amine Landoulsi et Wassim Ghozlani m’accompagnèrent dans cet inoubliable pèlerinage. Feuilleter les albums des planches-contacts, toucher les tampons de copyright de ces mythes du photojournalismes, discuter avec ceux qui ont côtoyé Salgado, Burri ou Nachtwey seront d’impérissables souvenirs.
A quelques pas de là, je rencontre Ferid Bouguedir, le Monsieur cinéma de chez nous, il venait de Cannes et nous échangeâmes quelques mots à propos du film tunisien « Plus jamais peur ». Je lui décrivis la projection au « Village jasmin » de son « Été à la Goulette » qui a fait couler des larmes de nostalgie et provoquer des rires de bonheur.
Dans ce mois de mai très chaleureux, Paris fut très tunisienne.


Hamideddine Bouali
20 et 31 mai 2011
Album photos de Paris consultable sur facebook même sans être membre :  
http://www.facebook.com/media/set/?set=a.1576534553091.62419.1827421781&l=807b4a91d3 

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Quel joli texte ! On en redemande...

J Pochart a dit…

Moi aussi j'en redemande de ce Paris là, la magie de l'écriture nous y transporte, la féerie des photos nous y fait vivre.
Encore svp Mr Bouali.

Gaël Coto a dit…

Merci beaucoup Hamid.
Quel bonheur de te revoir. En plus, à la sortie du Max Linder ! :-)

guylène france a dit…

suis toujours très émue en regardant,vos photos, elles sont belles, vraies, fortes et humaines, félicitations et un grand merci, et j'aime les mots qui les accompagnent

ezzine a dit…

MERCI je vous suis depuis notre belle revolution racontée dans vos belles photos,et comme vous, paris est la ville après mon pays la tunisie que j'adore, encore une fois merci,mr hamid

Laura-photographies a dit…

J'ai beaucoup la photo "passage aérien" je trouve que l'homme avec le chapeau fait beaucoup de charme à cette prise !